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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 17:44

Préjugés démentis


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Autant l’avouer tout de suite, le théâtre comique de type boulevard, ce n’est pas mon truc. Pas mon dada, pas ma cam’, pas ma tasse de thé. C’est donc le sourire vaguement grinçant et la mauvaise foi prête à dégainer que je me rendais au Capitole cet après-midi. Sous prétexte de ne « pas être sectaire », et au nom de la « diversité théâtrale » j’avais décidé d’élargir ma sélection de pièces et d’aller voir « Vive Bouchon ! ». Mais malgré mon envie d’ouverture, je demeurais a priori difficile à séduire. Alors, séduite, le suis-je désormais ? Ben, presque. J’ai vu un bon spectacle, servi par de bons comédiens. Le boulevard (puis-je nommer cette pièce ainsi malgré l’absence du trio femme-mari-amant ?) ne deviendra pas mon genre favori, mais je suis heureuse d’avoir constaté qu’en dépit de mes préjugés, on peut y trouver des pièces de qualité, d’une certaine finesse, et où blagues grivoises et mauvais humour ne tiennent pas le devant de la scène.

Vive Bouchon ! est une pièce comique dont le public populaire, l’installation minimale (trois chaises, deux tables, une plante et une fenêtre pour figurer un décor de mairie) et le début au rythme des trois coups traditionnels m’ont rappelé les pièces de village de mon enfance. Le club théâtre donnait alors sa pièce annuelle, entourée d’une sorte de ferveur, d’excitation collective, d’envie de « se marrer ». On se travestissait, on gueulait, c’était du très mauvais théâtre, mais, pour moi, à l’époque, le théâtre, c’était ça. Ici, qu’on ne s’y trompe pas, malgré l’atmosphère bon enfant, le spectacle, lui, est indubitablement professionnel. Du théâtre au millimètre. Ruptures précises, intentions nettes, effets comiques hautement efficaces. Ces comédiens-là savent ce qu’ils font, et le font très bien. Ils servent sans faillir une histoire loufoque et plutôt drôle.

Quelle histoire, donc ? Le maire de Bouchon, un village paumé et oublié des autorités comme des touristes (voire des habitants), détourne des subventions de l’Union européenne pour venir en aide à son village. D’énormités en énormités (plantation de bananes, demande de construction d’un port, déclaration de troupeaux inexistants…), il devient tout bonnement inexcusable quand un inspecteur de ladite Union se pointe à Bouchon pour vérifier les comptes. Aidé de son frère et de sa secrétaire Odette, le maire fera tout son possible pour sauver son village, jusqu’à demander l’indépendance de Bouchon et de s’en faire élire président… Alors, certes, la pièce pointe les limites ridicules des communautarismes de tout poil, mais je laisserai de côté les notions de propos et d’enjeu qui, il me semble, ne sont pas les choses à retenir de ce spectacle.

Car ce qu’il faut retenir, c’est le vrai talent de ses interprètes, qui échappent, autant que le texte, à la vulgarité. Et c’est tout à leur honneur tant on sait que cette corde facile fera toujours le beurre de certains théâtres acquis au graveleux. Là, non. Maîtrise du rythme, des ruptures, mais aussi des mimiques, des corps. Et l’interprétation a déclenché en moi de vrais fous rires. La direction d’acteur foisonne de trouvailles, de mille détails comiques que l’enthousiasme des comédiens sert très honnêtement. S’il ne faut en citer qu’une, ce sera Virginie Haro, qui excelle tout bonnement dans le rôle d’Odette, la secrétaire du maire. Cette fille est une vraie tornade. Une maîtrise très poussée du comique. Quelque chose de Marina Foïs dans la période Robin des bois, en plus tonique. Décalée, très fine, une très grande intelligence de jeu. Ce fut un vrai plaisir de la voir interpréter cette secrétaire hilarante qui, entre autres, se jette par la fenêtre dès qu’elle est trop émue. Et, si la pièce souffre, à mon sens, de quelques longueurs, je ne peux nier l’évidence : j’ai passé, globalement, un très bon moment. 

Élise Noiraud


Vive Bouchon !, de Jean Dell et Gérald Silbeyras

Les Dingos • 34, avenue de Limburg • 69110 Sainte-Foy-lès-Lyon

04 78 59 81 84

michel.bianco@aliceadsl.fr

www.lesdingos.fr

Mise en scène : Florian Santos

Avec : Michel Bianco, Virginie Haro, Kaddour Dorgham, Aurélien Timoner

Le Capitole • 3, rue Pourquery-de-Boisserin • 84000 Avignon

Réservations : 08 99 70 60 51

Du 8 au 31 juillet 2009 à 17 heures

Durée : 1 h 10

16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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