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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 15:19

Embarquez !


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Quatre versions différentes d’un même texte au Off du Festival ! Laquelle choisir ? Par curiosité, celle dont l’interprète est une femme, et pianiste de surcroît. Le choix était sans doute le bon.

Alessandro Baricco, auteur très en vue en Italie, est avant tout un romancier. Un conteur serait-on tenté de dire, dont le style aussi léger qu’envoûtant parvient à nous faire croire aux choses les plus invraisemblables. En l’occurrence, Novecento : pianiste est l’histoire d’un gamin autodidacte, qui devient le plus extraordinaire pianiste du monde sans jamais descendre du bateau où il est né.

Où sommes-nous ? Sur un paquebot, le Virginian, qui effectue des voyages transatlantiques dans la première moitié du vingtième siècle. Une table, un lit, un piano : le décor est planté. Voilà la scène exiguë de La Tache d’encre (l’attache d’ancre ?) transformée en cabine de bateau. Nous partons en voyage sur l’un de ces monstres flottants, avec un texte qui parvient très bien à nous donner la nostalgie.

La pièce, écrite en 1994, est un monologue à plusieurs voix. Barbara Buchmann, qui est à l’origine de cette re-création, assume, face au public, le rôle de narratrice. Mais c’est elle aussi qui fait vivre les autres personnages présents dans l’histoire, leur prêtant à tour de rôle son corps et sa voix. Son costume masculin et son look androgyne lui permettent ces métamorphoses, de même que son très léger accent étranger (polyglotte, elle est née à Zurich) contribue à notre dépaysement. Comme le personnage qu’elle évoque, au nom improbable, elle semble une artiste sans patrie définie.

Le corps gracile et gracieux de la comédienne est pourtant plein de féminité. Et si le charme agit, c’est en grande partie à sa vivacité et à sa légèreté qu’il le doit. Certains passages sont discrètement chorégraphiés. La gestuelle, très étudiée, sert aussi à souligner les nombreux traits d’humour de Baricco. Les scènes s’enchaînent avec fluidité, certaines particulièrement réussies, comme la « visite » du pianiste Jerry Roll Morton.

Car les années trente, c’est avant tout l’époque du jazz. Baricco, qui est musicologue, le sait mieux que personne. La musique, bien sûr, fait partie intégrante du spectacle. Barbara Buchmannn, pianiste de formation, s’installe plusieurs fois derrière le clavier. À d’autres moments, on entend une musique enregistrée. Tout metteur en scène qui s’attelle à cette pièce se trouve confronté à un problème quasi insoluble : comment faire entendre la musique inouïe de Novecento ? Le défi est ici relevé plutôt avec succès. 

Fabrice Chêne


Novecento : pianiste, d’Alessandro Baricco

Traduction : Françoise Brun

Mise en scène : Sébastien Cotterot

Avec : Barbara Buchmann

Musiques : David Subtil, Barbara Buchmann

Chorégraphie : Lorena Dozio

Lumières : Pascal Guignard

Photo : Sébastien Cotterot

La Tache d’encre • 1, rue de la Tarasque • 84000 Avignon

Réservations : 06 83 76 74 59

Du 8 au 30 juillet 2009 à 15 heures, les jours pairs

Durée : 1 h 35

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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