Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 01:20

Des ventres lourds de belles promesses


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Cabestan a fait confiance à la jeune compagnie des Ventres : il a eu raison, car ce que nous présentent ces jeunes gens, presque tous issus du cours Florent à Paris, ne laisse pas indifférent et laisse présager de belles réussites.

Pour sa première création, Mylène Haranger a vu grand : non contente de signer le texte et la mise en scène, elle est aussi la principale interprète de Ventres. Nous ne sommes pas dans le théâtre de pur divertissement, et la pièce revendique fièrement sa place dans un théâtre poétique et critique, je dirais même politique au sens grec du terme.

Au lever du rideau, des ombres prises dans de noirs filets – réminiscence des Érinyes ? –, se meuvent sur un sol de carreaux noirs et blancs alternés, évocation du terrain de combat des échecs, en proférant de lourdes imprécations. Bientôt ne restent plus en scène que deux femmes qui s’affrontent : Acmée, la marâtre va-t-en guerre, qui porte en elle la haine à son point d’incandescence, et Angèle, celle qui, marquée du « signe », devrait assumer d’incarner le drapeau des siens. Mais elle recule, ne voulant pas renoncer à sa jeunesse, à sa féminité que l’on devine neuve et à son humanité, tout simplement. Un jeu de lumière (la lumière est un élément essentiel de la scénographie et une grande réussite) fait soudain apparaître un troisième personnage, le Fou qui, comme tous les fous, est sans doute le personnage le plus sensé de la pièce dans ses contradictions et ses pirouettes. Suivront le Bourreau, Lullaby et Solal.

« Ventres »

Le seul énoncé de ces noms montre que les personnages sont, avant tout, des figures et des symboles, même s’ils ont aussi une identité et une existence propres : le Fou, c’est aussi Gérald, et le Bourreau, Damien… L’histoire aussi est symbolique : deux territoires séparés par un mur – en a-t-il toujours été ainsi ? –, deux peuples en lutte permanente pour posséder une mystérieuse « lumière », qui représente la valeur suprême à leurs yeux. L’intrigue, centrée sur la « quête » entreprise par Angèle, n’est guère plus explicite. L’auteure le revendique, car elle a souhaité faire la part belle « aux personnages, aux situations et aux images ». C’est son droit, d’autant qu’elle y réussit la plupart du temps. Mais j’incline à penser qu’un peu plus d’explicite n’aurait pas trahi son projet tout en facilitant le travail du spectateur.

Ce théâtre se veut poétique, ai-je dit, et la langue le manifeste. La langue de Mylène Haranger est une langue au large souffle, qui charrie des images et ne recule pas devant le choc des sonorités. C’est une langue charnelle et charnue qui emplit la bouche, une langue à proférer. On songe parfois à Claudel, que l’auteur a interprété, même si réminiscence ne veut pas dire comparaison. Pas encore ? Je regrette donc que la mise en scène ait choisi un registre de jeu qui gomme cet aspect théâtral en récusant la profération du texte au profit d’une diction de la vie quotidienne. Le texte, à mes oreilles, y perd en intelligibilité et surtout en force.

Faut-il décerner des médailles et des prix ? Alors, il faut saluer l’interprétation et le jeu du Fou et d’Angèle, deux acteurs aux grandes possibilités et qui réalisent ici une vraie performance physique. Je me pose des questions, à l’inverse, sur Solal, manifestement au-dessous de l’ensemble de la distribution. Ne quittez pas Avignon sans aller voir Ventres. La pièce n’est peut-être riche que de promesses, mais ces promesses sont belles. Son auteur le reconnaît, il s’agit d’une œuvre en perpétuelle construction. Ce qui est déjà bâti vaut cependant le détour. Et vous encouragerez un théâtre ambitieux, sans concession à aucune facilité ni à aucune mode, fût-ce celle de l’incommunicabilité. 

Jean-François Picaut


Ventres, de Mylène Haranger

Une production de la Cie Ventres

Contact : Mylène Haranger | 06 20 79 76 64

contact@ventre.fr

Mise en scène : Mylène Haranger et Jules Poucet

Avec : Sabine Napierala, Jules Poucet, Bastien Saltel, Gray Orsatelli, Mathilde Bourbin, Mylène Haranger

Théâtre le Cabestan • 11, rue du Collège-de-la-Croix • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 11 74

Du 8 au 31 juillet à 17 h 30

12 € | 9 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

yas 10/08/2009 02:39

Sabine Napierala est une femme habitée , généreuse et ce qui ne gate rien d 'une beauté qui ne laisse pas indifferent...elle a tout d 'une grande , son charisme à la fanny ardant, son sourire franc fait qu on ne va pas l 'oublier celle la et qu'elle va aller loin très loin... Bravo !

Rechercher