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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 12:39

Progression dramatique réussie


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Une convocation à un rendez-vous, trois personnes dans une salle d’attente : quoi de plus banal ? De ce point de départ très sage, Adélaïde Pralon et ses comédiens s’enfoncent petit à petit et souvent avec humour dans les territoires plus sombres de l’absurde et de la folie.

Qui sont ces trois personnes ? D’abord une jeune femme : cheveux coupés courts, petite robe noire à volants, chaussures rouges à talons hauts, le personnage de Claire Le Goff a tout d’un délicieux petit sucre d’orge. Trop sucré pour être honnête… Arrive ensuite un jeune homme coincé (c’est un euphémisme !), un bel exemple d’hypocondriaque à baffes génialement interprété par Dimitri Michelsen. On n’imagine pas toutes les ressources que l’astucieux trimbale dans sa petite besace… Enfin, un beau gosse (Franklin Roulot-Marrec), affublé d’une impayable chemise noire ornée de fleurs roses. Ainsi présentés, c’est à dire tels qu’on les voit au début, ces trois personnages ont l’air de stéréotypes. Mais les apparences sont trompeuses…

Sans compter que, derrière les cloisons de la salle d’attente, un personnage a déjà allègrement franchi le cap de la folie furieuse : un employé de bureau, sorte de Mr. Bean échoué chez Kafka. La pièce s’ouvre par un petit morceau de bravoure dans lequel Ronan Le Nalbaut parvient, grâce à son interprétation sur le fil, à instaurer ce climat décisif de burlesque inquiétant. Or, la mise en scène, en isolant symboliquement l’espace de la salle d’attente de celui des bureaux, fait que nous tendons à nous identifier aux personnages qui attendent, qui nous semblent les plus « normaux ». C’est pourquoi, quand eux-mêmes, à force d’attendre, se révéleront être autre chose (ou plus) que ce que l’on croit, le malaise n’en sera que plus grand.

La progression dramatique est à cet égard réussie dans l’ensemble, même si l’intérêt retombe parfois dans le dernier tiers de la pièce. Le risque eut été de mal doser le réalisme (la situation de l’attente et la caractérisation des personnages) et le fantastique (la présence d’une autorité invisible, la mort et la folie qui rôdent…). Mais la pièce tient cet équilibre et le mécanisme fonctionne, avec l’appui de comédiens engagés. Finalement, la violence et la menace ne viennent pas seulement de l’extérieur : celles-ci agissent comme un révélateur de la véhémence potentiellement à l’œuvre en chacun des personnages.

Par ailleurs, un travail bien pensé sur le son permet, grâce à quelques effets, d’entrouvrir parfois la porte sur cet au-delà menaçant, de l’autre côté des murs de la salle d’attente et des bureaux. C’est le son d’une voix dans un micro qui se perd en échos, ou bien la voix même de la jeune femme, tout miel d’abord, puis nettement moins tendre au fil de la pièce, accompagnant le dévoilement progressif de la vraie nature du personnage. Quoi qu’il en soit, j’avoue avoir été un peu fatiguée à la longue par la logorrhée déconstruite de l’employé, néanmoins bien rendue par M. Le Nalbaut. Ce point n’altère toutefois pas l’intéret de la pièce dans son ensemble, bien écrite et intelligemment mise en scène. 

Céline Doukhan


Combinaisons, ou Comment faire la queue quand on tourne en rond, d’Adélaïde Pralon

Compagnie Tout le désert à boire • 10, rue des Sources • 92190 Meudon

06 07 17 43 85

contact@tout-le-desert-a-boire.com

www.toutdab.com

Mise en scène : Adélaïde Pralon

Avec : Claire Le Goff, Dimitri Michelsen, Ronan Le Nalbaut, Franklin Roulot-Marrec

Scénographie : Dorothée Ligny

Création musicale : Stéphane Milochevitch

Espace Alya • 31 bis, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 38 23

Du 8 au 31 juillet 2009 à 17 h 45

Durée : 1 h 15

12 € | 8 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Patrick Benhammou 29/07/2009 17:17

Une écriture intelligente qui rappelle Pinter ou Horowitz. Une mise en scène créative et des acteurs investis. Du bon théâtre.
A voir en priorité.

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