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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 14:30

Jeu profond et touchant

 

L’activité artistique du Théâtre Uvol est dédiée à la découverte de textes d’auteurs vivants, ainsi qu’à l’actualité sociale et politique. Cette fois-ci, Didier Delcroix, directeur de la compagnie et metteur en scène, présente la nouvelle pièce de Xavier Durringer, questionnant la place des immigrés dans la société française.

 

Ce texte-manifeste revendiquant une société tolérante et ouverte fait appel aux trois figures (du père, du fils et de la fille) représentant trois générations d’immigrés. Même si, par moments, trop didactique et explicative, la pièce les Déplacés entreprend une analyse nécessaire et urgente de la situation de ces « générations désintégrées », dépourvues de racines, étrangers des deux côtés de la Méditerranée. Les espoirs des pères venus reconstruire la France et construire leur avenir sont confrontés aux désillusions des enfants oubliés de tous et enfermés dans les cités construites par les mains de leurs parents.

 

La richesse du texte de Durringer aurait déterminé le choix d’une scénographie à peine esquissée (trois chaises, un écran). Dans une mise en scène très sobre, quasiment inexistante, qui se met davantage au service de la poésie du texte qu’à celui des comédiens, il est difficile de ne pas succomber à la tentation de la récitation. Heureusement, Yoann Josefsberg et Mohamed Mazari, dont le jeu est profond et touchant, réussissent pleinement à contourner ce danger.

 

 

Didier Delcroix fait construire sur scène trois espaces distincts, délimités par la présence de trois chaises, de trois comédiens incarnant trois figures, prononçant trois récits sur les trois générations d’immigrés. Il nous met en face de trois voix-monologues alternées. Comme s’il n’était plus possible d’instaurer un dialogue. Comme si chacun, sur scène – comme dans la cité – était condamné à une solitude, une incompréhension et à l’impossibilité d’une intégration.

 

Le théâtre de récit a remplacé ainsi le théâtre d’action. Car la seule action se déroule dans un quatrième espace, non plus sur scène, mais sur un écran de cinéma. Les passages fimés (intéressants, par ailleurs) sont assez longs. Dommage, d’autant plus que le recours aux projections vidéo n’est pas vraiment nécessaire. Une fois de plus, c’est un moyen technologique à la mode qui limite le jeu des comédiens.

 

Les Déplacés reste un spectacle à découvrir. Ne serait-ce pour percevoir comment les propos d’une force extrême oscillent entre le poétique et le quotidien, entre le lyrique et le cru(el), à l’image des personnages suspendus entre un ici et un ailleurs, entre un présent et un avenir. 

 

Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Déplacés, de Xavier Durringer

Théâtre Uvol-Cie Didier-Delcroix • 2, place Louise-Michel • 15310 Saint-Ouen-l’Aumône

www.theatre-uvol.com

theatre.uvol@wanadoo.fr

lesdeplaces@gmail.com

Mise en scène : Didier Delcroix

Avec : Yoann Josefsberg, Mohamed Mazari, Clea Petrolesi

Lumière : David Weissenbacher

Vidéo : Yohan Poissonneau

Régisseur : Carla Silva

Théâtre du Bourg-Neuf • 5 bis, rue du Bourg-Neuf • 84000 Avignon

www.bourgneuf.com

Réservation : 04 90 85 17 90

Du 8 au 31 juillet 2009 à 17 h 45

Durée : 1 h 15

14,5 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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