Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 20:25

À fleur de peau


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Dans la petite salle intimiste baptisée « Pierres », au théâtre des Ateliers d’Amphoux, niche pendant un mois à 16 h 30 un spectacle intense intitulé « Como si fuera esta noche », écrit par García Morales. Deux comédiennes méritantes donnent à voir la violence qu’on cache et qu’on ignore : la violence faite aux femmes.

Le propos est difficile, certes. Le texte de García Morales, auteure et universitaire espagnole, ne fait pas l’impasse sur les détails de la violence conjugale. Cette violence tragique et quotidienne, qui laisse les enfants seuls devant l’écran qui s’érige dans leur propre maison et les sépare du reste du monde. Il parle de ces murs intérieurs, emplis d’incompréhension et de terreur. De cette violence tragique et quotidienne qui laisse les femmes seules devant l’impuissance, dont leur sexe, dans certains milieux, semble avoir hérité.

Sur scène, on voit deux femmes. Une mère, Mercedes, qui parle toute seule et qui coud en attendant son mari, et une autre, plus jeune, Clara, sa fille, qui semble plutôt angoissée et attend un coup de téléphone. On comprend assez vite qu’elles sont chacune chez elle, l’une à gauche du plateau, l’autre à droite, et qu’elles ne se voient plus. Et pour cause : Mercedes est morte voilà bientôt dix-huit ans. On assiste alors à des fragments de l’histoire qu’elles ont vécue ensemble, avant, et à celle qu’elles auraient pu, qu’elles auraient dû, vivre aujourd’hui.

« Como si fuera esta noche »

Loin du pathos du fait-divers, cette pièce est le fruit d’un travail sensible et doux, à fleur de peau, même si cela manque, parfois, un peu de rythme. La mise en scène est simple, ciselée et efficace, on se passe d’effets et on ne surajoute rien. On joue juste sur l’impossibilité de ces apparitions, sur la dimension presque fantastique des rencontres entre cette mère et cette fille, dix-huit ans après. Mercedes et sa fille se parlent, dans le secret de leur âme. Et c’est beau, cette non-relation mère-fille. C’est triste cette absence, mais c’est beau. On oscille entre la violence d’une tragédie contemporaine et la tendresse du souvenir d’enfance heureux, malgré tout.

Quant aux comédiennes, elles sont justes, elles sont talentueuses. Notamment Luna Galileo, cette petite pépite espagnole, qui incarne avec beauté et puissance son personnage de Clara, tantôt oppressée par la vie de femme libre qu’elle vit, tantôt pétillante dans la peau de cette enfant de neuf ans qu’elle a été. Son énergie enthousiasmante rend cette pièce émouvante et grave, douce et amère. On en sort convaincu, et vibrant encore. 

Maud Sérusclat


Como si fuera esta noche, de García Morales

Traduit par Emmanuelle Garnier

Compagnie Le Mimosa • 1, rue de l’Amiral-Courbet • 94160 Saint-Mandé

06 03 77 29 87

compagnie.lemimosa@free.fr

http://compagnie.lemimosa.free.fr

Mise en scène : Maud Lefèvre, Luna Galileo

Avec : Maud Lefèvre, Luna Galileo

Les Ateliers d’Amphoux • 10-12, rue d’Amphoux • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 17 12

Du 8 au 31 juillet 2009 à 16 h 30

Durée : 1 heure

14 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher