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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un orage de rire
Que se passerait-il s’il ne pleuvait plus ? Si le ciel se figeait dans un bleu immuable ? « Après la pluie » met en scène huit employés d’une grande entreprise financière, prisonniers tant de cette stase météorologique que de leur propre vie. Une ode à cette grande bouffée d’air frais que l’on appelle liberté, servie par une mise en scène déjantée.
Costumes-cravates et tailleurs de rigueur. Nous sommes ici dans l’un des hauts lieux de la finance mondiale. Tout doit y tendre vers une organisation parfaite, tout doit y être
réglé comme du papier à musique. Zéro gaspi, maxi profit. Mais voilà, on y étouffe. Et on y oublie les fêlures de l’humain.
Expression dérisoire – et pourtant symbolique – de ce désir de liberté, le toit de l’immeuble voit défiler les employés qui enfreignent l’interdiction de fumer édictée par leur entreprise. Moi, je fume ? Pas du tout ! Mais dans ce lieu de rencontre improvisé, en marge de l’univers quotidien des lois et des interdits, les masques peuvent tomber, enfin.
Et de quelle manière ! Dans un tourbillon de dialogues savoureux et de folie (plus ou moins) douce, chacun y exprime ses angoisses, ses frustrations, ses désirs, du chef administratif quitté par sa femme à la secrétaire harcelée par des voix intérieures. Et toujours, à côté, ce vide qui attire, qui fascine, et qui laisse planer sur l’absurdité comique des dialogues l’ombre de la mort et de la tragédie.
Chaque comédien s’est emparé de son rôle avec enthousiasme et rigueur, et lui a conféré une crédibilité remarquable. Ainsi, Caroline Espargilière est parfaite dans son rôle de secrétaire cruche, mauvaise langue et bavarde, et Maud Ribleur semble tout droit sortie d’un conseil d’administration de Total. Dans un tout autre registre, Dorothée Girot et Moustafa Benaïbout réussissent à être drôles tout en restant très touchants.
Le rythme imprimé à la pièce par la mise en scène de Rodolphe Corrion ne m’a pas permis de reprendre mon souffle. J’ai ri de bon cœur et souvent, embarqué par la tempête d’énergie et d’absurdité qu’il a su mettre en place. En bonus, quelques trouvailles amusantes, comme un générique et le bruitage de certaines scènes à la bouche.
Il n’est guère nécessaire que je m’étende davantage : une bonne pièce, drôle, intelligente et touchante, servie par une équipe d’acteurs talentueux et par une mise en scène pêchue : Après la pluie est de ces pièces que vous pouvez aller voir si vous voulez vous offrir une heure trente de plaisir. ¶
Vincent Morch
Les Trois Coups
Après la pluie…, de Sergi Belbel
Traduction : Jean-Jacques Préau
Mise en scène : Rodolphe Corrion
Avec : Mathieu Alexandre, Aymeline Alix, Moustafa Bensaïbout, Caroline Espargilière, Jennifer Gabriel, Dorothée Girot, Maud Ribleur, Victorien Robert
Théâtre Notre-Dame (Lucernaire Avignon) • 17, rue du Collège-d’Annecy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 06 48
Du 8 au 31 juillet 2009 à 16 heures
Durée : 1 h 30
15 € | 11 €
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