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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 16:00

Entre deux eaux


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


La caserne des Pompiers accueille durant le Off d’Avignon des compagnies de Champagne-Ardenne. Dans ce beau lieu, sur les murs tapissés de noir, de petites poupées au ventre lacéré, ouvert, rempli, offrent un visuel saisissant et très esthétique. J’attends. Je viens voir « Modeste contribution », un texte de et par Dominique Wittorski, présentant un soi-disant expert militant pour le rétablissement de la peine de mort. Un spectacle que j’espère corrosif, que j’imagine drôle, et dont le descriptif a éveillé ma curiosité. Une heure plus tard, je sors dubitative, mal à l’aise. Si j’ai compris les enjeux et l’intérêt indéniable du texte, la façon dont il est porté à la scène ne m’a malheureusement pas convaincue.

Les spectateurs s’installent, le calme se fait et nous voilà projetés dans une espèce de débat télévisé dont nous sommes le public. Une animatrice à la voix ronde et au sourire mécanique accueille Dominique Wittorski, auteur d’un livre intitulé Modeste contribution, qui va venir nous exposer sa théorie. À savoir le nécessaire rétablissement de la peine capitale, et son extension comme sanction unique à tous les types de fautes humaines, afin d’en éradiquer définitivement la prolifération. L’homme quitte le public pour rejoindre la scène, donne un carnet à une spectatrice : « Vous pourrez me poser cette question quand on vous le demandera ? Merci ». Le ton est donné : show télé aux accents politiciens, où mauvaise foi, démagogie et populisme se mêlent dans un discours à l’argumentaire glaçant. Les questions que le public est invité à poser sont préparées, tout comme les interventions de l’animatrice, tout comme les réponses faussement improvisées de l’expert. Une heure durant, M. Wittorski (en l’occurrence, auteur, comédien et personnage) explique en détail les tenants, aboutissants, modalités pratiques et vertus de sa théorie. Ça grince, ça grince, ça grince… tant et si bien que ça coince.

« Modeste contribution » | © Richard Pelletier

Il faut reconnaître que, avec ce texte, le premier Dominique Wittorski (l’auteur) s’engage sur un terrain difficile et assez glissant. Non par sa dimension polémique, mais par, au contraire, sa dimension consensuelle. L’exercice est effectivement périlleux, car le public qui vient sait très bien ce qu’il vient voir, et n’a, a priori, aucune difficulté à se positionner face à ce discours. Par le jeu de l’antiphrase, le deuxième Dominique Wittorski (le personnage) sert un discours « pour » qui, en fait, veut dire « contre » à un public évidemment acquis à cette cause du « contre ». D’où la sensation du serpent qui se mord la queue. Et dont la responsabilité est, à mon sens, imputable à l’interprétation du texte et non au texte lui-même. Car le troisième Dominique Wittorski (le comédien) navigue entre deux eaux. D’un côté, un premier degré, une simplicité de l’horreur, qui, il me semble, est la voie juste pour laisser au spectateur un espace suffisant pour penser, évaluer, ressentir, et voyager dans un malaise qui peut être fécond. D’un autre côté, une ironie, une connivence, quelque chose de carnassier dans le sourire qui dit « nous nous sommes compris », et qui verrouille les portes de la multiplicité des sens.

Ce soir, j’ai senti le comédien très nerveux. Butant sur les mots à de multiples reprises, il ne s’est pas servi de cette nervosité dans son personnage, qui, s’il est réellement dans une fausse improvisation, une fausse souplesse, devrait savoir intégrer ses failles avec un faux sens de l’humour. Malheureusement, cette tension palpable a également verrouillé les portes de l’humour, qui n’est pourtant pas la moindre des qualités de ce texte. Le public a peu osé rire, et le malaise que j’ai ressenti ne m’a pas semblé être de ces malaises pleins, révélateurs, et qui invitent à la réflexion. C’est dommage, car c’est un spectacle qui, pourtant, pourrait en faire naître s’il clarifiait ses sens, sa ligne de registre et de propos. Et s’il précisait la distinction nécessaire, entre auteur, comédien et personnage. 

Élise Noiraud


Modeste contribution, de Dominique Wittorski

La Question du beurre • 16, rue de la Paix • 08000 Charleville-Mézières

06 28 47 83 09

Mise en scène : Jean-Marie Lejude

Avec : Dominique Wittorski, Caroline Guth

Scénographe : Thierry Vareille

Création vidéo : Caroline Guth

Régie générale : Pascal Denais

Caserne des Pompiers • 116, rue Carreterie • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 87 26 80

Du 8 au 29 juillet 2009 à 19 heures

Durée : 1 heure

13 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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