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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 18:55

Mélancolique


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


J’avais envie d’écouter un air de tango cet après-midi. Je suis donc allée voir « Sur un air de tango », pièce écrite par Isabelle de Toledo et montée au théâtre Le Cabestan par les compagnies Aurore et Passage à l’acte. Je m’attendais à plus de rythme, mais j’ai fini par me laisser bercer.

Un homme, Pierre, fait la fermeture de son bar. Il range, balaie, nettoie, astique. Mécaniquement, comme pour retarder le retour à la maison. Il est pourtant presque deux heures du matin, ses enfants dorment et sa femme ne l’attend plus depuis longtemps. Quand son père débarque sans prévenir, comme à son habitude, pour boire un bon whisky sec, de « ceux qui tuent ». Ils causent, et il leur faut peu de temps pour se chamailler. Comme à leur habitude. Il faut dire que le vieil homme est atypique et n’y va pas avec le dos de la cuillère en raillant son raisonnable de fils, qui se tue à la tâche au lieu de profiter des délices de la vie. Assez vite, le spectateur sent que quelque chose d’essentiel va se jouer entre eux.

Comme vous le remarquez, Sur un air de tango ne parle pas de musique, mais de la vie ordinaire de gens ordinaires. Qui aiment le tango, et qui, jadis, le dansaient avec volupté et grâce. Avant. Avant de se laisser dévorer par le réel, la routine, le temps. On a donc affaire à une pièce qui traite de nombreux sujets comme les relations père-fils, la vieillesse, la séparation, l’amour et la mort. Un peu trop de sujets peut-être. Parce qu’ils sont abordés de façon très inégale.

© Bernard-Michel Palazon

Sur un air de tango est présenté par la compagnie comme une comédie dramatique, et c’en est une. La mise en scène de la pièce donne une impression très télévisuelle, et l’affiche même en témoigne. Cette prise de position la rend très accessible, mais à certains moments je me suis crue devant France 3. Avec le cortège de défauts qui va avec ce sentiment, les longueurs, les flous, le manque de rythme, un peu étonnant pour un air de tango. Cela se sent notamment en ce qui concerne l’histoire d’amour qui s’éteint. C’est parfois un peu gluant, cet amour qui meurt à moitié et qui ne laisse que colère et amertume. Je me suis un peu lassée devant le personnage de Pierre qui est joué, je trouve, de façon trop monotone. À moins qu’un homme malheureux ne puisse se débattre un peu plus. À moins que cela ne soit dû qu’au texte.

En revanche, j’ai beaucoup aimé le personnage du père, Max, joué par un Claude Laucournet convaincant, drôle, caustique et très émouvant. À travers son interprétation, sa voix, son charisme, je me suis laissé glisser dans l’histoire et l’émotion m’a gagnée, un peu tardivement mais complètement. Une pièce contrastée donc, mais simple, accessible, qui saura sans doute séduire les cœurs tendres les plus patients d’entre vous. 

Maud Sérusclat


Sur un air de tango, d’Isabelle de Toledo

Compagnies Aurore et Passage à l’acte

Mise en scène : Sébastien Bernard

Avec : Claude Laucournet, Anne-Sophie Plaine, Hervé Tridon

Décor et lumière : Sébastien Bernard

Régie générale : Thierry Diez

Le Cabestan • 11, rue du Collège-de-la-Croix • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 11 74

Du 8 au 31 juillet 2009 à 15 h 35

Durée : 1 h 30

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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