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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 18:11

La meilleure façon de taper


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Pantalon beige, chemisette et baskets blanches : quand les compères de la Compagnie Onstap arrivent en souriant sur le plateau, on croit voir débarquer deux juges de ligne échappés du Central de Roland-Garros. Mais la comparaison s’arrête là. Car c’est des cités des banlieues avignonnaises que se sont échappés les deux lascars.

Le spectacle est fondé sur les « percussions corporelles », où l’on apprend que tout un chacun dispose d’un merveilleux instrument de musique : son propre corps. Et comment utiliser cet instrument ? En se tapant dessus, pardi. D’où le nom de la compagnie ! Donc, se taper dessus, oui, mais pas n’importe comment. En effet, vous et moi aurons beau nous infliger des bleus pendant des heures, nous n’arriverons jamais au niveau des deux artistes. En conséquence, quelques explications. Dans un premier temps, à la manière d’une leçon tout académique, ces messieurs détaillent la meilleure façon de se taper dessus, l’impact sur telle ou telle partie du corps produisant tel ou tel type de son. Et c’est parti !

On s’aperçoit rapidement avec bonheur que ces percussions sont aussi belles à voir qu’à entendre. En effet, le travail des mains et de tout le corps constitue une véritable chorégraphie, à la fois virtuose par sa rapidité d’exécution et empreinte d’une grâce virile. On est donc à la croisée de la danse et de la musique. Mais pas seulement. Car, loin de s’arrêter là, les deux complices ont des choses à nous dire. Ils nous racontent leur singulier parcours, c’est-à-dire comment, dans l’incompréhension générale, ils ont envers et contre tout réussi à faire du théâtre leur vie. C’est un récit délivré avec humour et tendresse, et on sent que ces deux-là ont réellement envie de faire partager cette expérience, dont eux-mêmes semblent encore tout étonnés.

© Saïd Zaïour

Et que dire de cette irruption totalement improbable de Shakespeare ? Lui dont le Songe dune nuit dété surgit au détour de la conversation pour ne plus jamais la quitter. Imaginez-les, l’un affublé d’un petit chapeau vert genre Errol Flynn dans Robin des bois, et l’autre d’un loup bleu en dentelle ! Et nous voilà plongés dans cette obscure forêt où Hermia poursuit de ses assiduités Démétrius, le bel indifférent. Qu’est-ce que ça vient faire là, me direz-vous ? C’est dur à expliquer, mais, croyez-moi sur parole, on marche à fond avec eux. Ils abattent allègrement les barrières entre les genres, et nous, on s’engouffre avec bonheur dans la brèche.

Une des clés de cette réussite réside sans doute dans la véritable complicité personnelle qui lie Hassan Razak et Mourad Bouhlali depuis l’enfance. Mais le hasard a également bien fait les choses en les dotant de physiques complémentaires. Autant le premier est fin, voire osseux, autant le second affiche une corpulence plus virile. Les voir évoluer ensemble est très intéressant. Avez-vous déjà vu le film Ziegfeld Follies ? C’est dans ce film que l’on peut voir le seul numéro commun jamais enregistré par le délicat Fred Astaire et le plus robuste Gene Kelly. Eh bien Mourad-Gene et Hassan-Fred s’en rapprochent par bien des aspects ! 

Céline Doukhan


Parce qu’on va pas lâcher, de Hassan Razak et Mourad Bouhlali

Compagnie Onstap • 7, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon

Tél. 06 20 71 59 77 | 04 32 75 15 65

www.onstap.com

Mise en scène : Mourad Bouhlali et Hassan Razak

Conseillers artistiques : Guy Alloucherie, Hamid ben Mahi, Zelda

Avec : Mourad Bouhlali, Hassan Razak

Création lumière : Thomas Falinower

Administratrice de production : Hélène Dechezleprêtre

contact@onstap.com

Théâtre des Hivernales • 18, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 33 12

Du 10 au 26 juillet 2009 à 11 heures, relâche les 15 et 21 juillet 2009

Durée : 50 minutes

16 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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