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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 11:54

Un génial « Hamlet »

pour les nuls !


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Envie d’une bouffée d’oxygène dans la chaleur d’Avignon ? Précipitez-vous au Théâtre de l’Oulle applaudir la joyeuse troupe de Viva la commedia qui, avec son décoiffant « Hamlet or not Hamlet », ferait sûrement se tenir les côtes au fantôme du grand Will.

Voilà un spectacle à la tonalité merveilleusement juste, à la fois follement drôle et intelligent : loin des vaudevilles boulevardiers qui pullulent en ces temps de Festival, tout en étant on ne peut plus divertissant ! L’argument : les cinq comédiens principaux de la troupe ayant déserté (pour s’en aller jouer dans le In !), il revient à cinq seconds (voire troisièmes, voire quatrièmes…) couteaux d’endosser les rôles de l’immense classique shakespearien. C’est peu de dire que la représentation va s’en trouver nettement moins orthodoxe que prévue !

Ce spectacle a tant de vertus comiques que l’on ne sait même pas par où commencer. Par son côté très visuel et bondissant, souvent outré, la mise en scène est en effet imprégnée de la commedia dell’arte. Les gags s’enchaînent à un rythme dément, et le premier grand éclat de rire du public se fait entendre environ vingt secondes après le lever de rideau !

Mais, s’il fallait essayer de comprendre d’où vient l’attrait comique de l’ensemble, on pourrait avancer que, pour créer cette parodie, la troupe puise précisément dans des moyens tout à fait shakespeariens. Un des exemples les plus flagrants en est la structure même de la pièce : on se croirait dans le Songe dune nuit dété, pièce dans laquelle un groupe d’artisans pas tragédiens pour deux sous (quoique…) prépare une représentation du drame Pyrame et Thisbé. Certains détails appellent même des références précises : par exemple, l’un des personnages, interprète du roi Claudius, fait irrésistiblement penser au Bottom du Songe. Et lorsque celui-ci se lance dans un monologue avec une élocution totalement inadaptée, on pense à l’épouvantable prologue de Pyrame et Thisbé qui saborderait n’importe quelle représentation théâtrale !

On pourrait ainsi multiplier les parallèles. Bien vu de la part de l’auteur, Anthony Magnier ! Car, mine de rien, ces emprunts donnent une véritable cohérence et une grande authenticité à l’ensemble. De même, nombre d’effets comiques ont de solides points d’appui sur certaines ambiguïtés fondamentales qui traversent toute l’œuvre de Shakespeare (perméabilité entre comédie et tragédie, confusion masculin-féminin). La troupe se révèle ainsi on ne peut plus respectueuse de l’esprit de Shakespeare, plus que de la lettre.

La pièce va donc bien au-delà de la simple parodie bouffonne. Elle contient même beaucoup de sérieux dans sa drôlerie. D’abord, dans les interstices de la comédie se glissent, dans la bouche du génial Bertrand Saunier (qui joue, entre autres, Claudius et l’hilarant spectre du roi défunt), des réflexions sur la mise en scène et sur Shakespeare en général. Or, pour être totalement incongrues dans ce contexte où elles ruinent le rythme de la pièce dans la pièce, elles n’en sont pas moins souvent pertinentes, et le public sent bien que, sous le vernis de l’absurde, on ne lui raconte pas que du baratin.

Et puis ne l’oublions pas : il y a quand même un Hamlet dans ce spectacle ! La très astucieuse adaptation réalisée par Anthony Magnier donne bien à voir les moments clés de l’intrigue. Quant au célèbre monologue « Être ou ne pas être », il est rendu de façon pour le moins… inattendue ! Et je suis sûre que si, tels les chanteurs à la fin de leur concert, la compagnie vendait des exemplaires d’Hamlet à l’issue du spectacle, ils partiraient comme des petits pains tant la pièce donne envie de se (re)plonger dans le texte original.

Un grand merci à l’ensemble des comédiens pour leur interprétation à l’enthousiasme communicatif. Il faut tous les citer : outre M. Saunier, Gaspard Fasulo compose un narrateur désopilant, dépassé par les évènements dès sa présentation de la biographie du Barde. Julien Hérichon est un Hamlet tout en blondeur rongé par le trac. Quant à Mikaël Taïeb, son incarnation, entre autres, d’Ophélie (!) lui permet de montrer toute l’étendue de son talent : ce qu’il fait avec son visage et sa voix est vraiment hallucinant ! Mais il est également très bon en… crâne, dans la scène où Hamlet déclame au bord de la tombe du bouffon Yorick. Et, last but not least, Paola Secret assume le difficile rôle d’unique femme de la troupe. Tout en assurant haut la main sa partie humoristique, elle parvient, lors de moments choisis, à faire entrevoir ce que serait un « vrai » Hamlet

Céline Doukhan


Hamlet or not Hamlet, texte d’Anthony Magnier d’après William Shakespeare

Compagnie Viva la commedia • 160, rue d’Aubervilliers • 75019 Paris

01 77 32 59 18

contact@vivalacommedia.com

www.vivalacommedia.com

Mise en scène : Anthony Magnier

Assistante à la mise en scène : Anne Keriec

Avec : Gaspard Fasulo, Julien Hérichon, Bertand Saunier, Paola Secret, Mikaël Taïeb

Décor : Stefano Perocco

Costumes : Mélisa Léoni

Lumières : Damien Gandolfo

Diffusion : Violette Mauffet | diffusion@vivalacommedia.com

Théâtre de l’Oulle • 19, place Crillon • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 14 70

Du 7 au 31 juillet 2009 à 17 heures

Durée : 1 h 30

18 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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