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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 15:10

« La saveur de la vie
est pour les fous ! »


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


C’est sur les mesures de Richard Martin qu’Henri-Frédéric Blanc a écrit « la Révolte des fous ». La situation en deux mots : il est directeur d’un hôpital psychiatrique, à deux mois de la retraite. Seul dans son bureau, il fait le bilan de sa vie professionnelle quand, sans crier gare, les aliénés se révoltent et refusent de réintégrer leurs chambres pourtant si confortables. Le scientifique au grand cœur ne comprend plus. Ceux qui verront dans ce spectacle l’histoire d’un psychiatre qui devient fou se fourrent le doigt dans l’œil, me semble-t-il : ici, il n’est question que de politique. Au sens large. C’est le long hurlement qui appelle la poésie, l’altérité et l’imagination à la rescousse de la vie.

Ce qu’offre Richard Martin dans ce spectacle est une prouesse de comédien et d’homme. Une prouesse de comédien parce que l’énergie et le talent déployés pendant une heure et demie sont extraordinaires de finesse et de force. C’est aussi une prouesse d’homme parce qu’il défend avec la force de sa conviction une vision du monde et des hommes, parce qu’il se bat pour faire entendre un message de liberté et de résistance à la normalisation, un appel au risque, à la création.

Pour ce qui est de la mise en scène qui se doit d’être adaptée à une partition pour comédien seul, elle pèche par les éclairages et la projection d’images. En tentant probablement de rythmer le spectacle par ces effets, elle ne parvient qu’à créer une sorte de second niveau obscur. Comme un commentaire parallèle de la situation. L’éclairage rouge sanglant projeté sur le comédien en fureur, par exemple, est tout à fait inutile ! Nous n’avons pas besoin de ces périphrases scéniques… Ni des images absconses projetées en fond de scène.

© Frédéric Stephan

Le texte de Blanc est, quant à lui, une splendeur de poésie et d’intelligence. La fluidité de ses images, la profondeur de ses réflexions et la finesse de son double discours sont autant de qualités qui font de ce texte une véritable délectation dramatique. Car dans la Révolte des fous, le véritable texte n’existe pas, le sens profond n’est pas explicité. Cette maîtrise du double discours est proprement épatante.

On regrette pourtant une chose : qu’il ait écrit ce texte comme un monologue. Avec l’interaction d’autres personnages, donc avec des dialogues, le texte prendrait une dimension dramatique encore plus intéressante. Si les fous révoltés et les infirmières effrayées étaient vraiment sur scène, la détresse de cet homme, qui se demande brusquement s’il ne s’est pas trompé, nous apparaîtrait avec plus de complexité. Dites, monsieur Blanc, vous ne voudriez pas en faire une seconde version ? 

Lise Facchin


La Révolte des fous, d’Henri-Frédéric Blanc

Mise en scène : Tatiana Stepantchenko

Avec : Richard Martin

Son : Nicolas Stroinovski

Création lumières : Richard Psourtseff

Création musique et univers sonore : Phil Spectrum

Création et régie images : Matthieu Mullot

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 40 57

Du 7 au 29 juillet 2009 à 19 h 15

Durée : 1 h 10

20 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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