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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 11:25

Mystère de la folie
ou folie du mystère


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


J’ai découvert ce soir « le Chêne noir », lieu avignonnais par excellence, mythique pourrait-on presque dire. Sur les murs du hall, des portraits, souvent assortis d’un autographe, dressent la longue liste de ceux qui sont passés ici, à un moment de leur parcours. Caubère, Isabelle Carré, Alice Belaïdi, qui a récemment triomphé dans « Confidences à Allah », entre autres, posent un sourire bienveillant sur ce lieu à l’histoire forte. La salle qui accueille « la Révolte des fous » est tout simplement sublime. Une sorte d’ancienne chapelle, solennelle et impressionnante, dans laquelle se dresse un très beau plateau. Et où l’on est très bien assis. Suffisamment rare à Avignon pour le souligner sans être taxée de trivialité ! Voilà pour le matériel. Pour le spirituel, ou plutôt l’artistique, ça suit plutôt bien. Le spectacle que Richard Martin joue seul en scène répond à la qualité qu’il annonce, tant en termes de propos qu’en termes d’interprétation.

C’est un homme pas tout à fait vieux, mais néanmoins sur le déclin. Un psychiatre qui approche de la retraite. Après trente ans d’une carrière sans tache, ce directeur d’asile tente de faire le point et se confronte à ses démons. La peur de vieillir, la peur de ne plus séduire, la peur de mourir. Et, surtout, la peur de ce grand « rien », ce néant à la fois existentiel et métaphysique, qui lui apparaît comme un calamar géant prêt à lui aspirer la matière grise et les forces vitales. Puis les fous se révoltent. Renversent infirmiers, camisoles, plateaux télé et plates-bandes fleuries. À moins que ce ne soit que le fruit du délire dans lequel le médecin se laisse progressivement glisser. Illusion ou réalité, peu importe : pour lui, c’est vrai. Cette révolte lui permettra de parler à ses « chers fous », et de se confronter ainsi à sa propre folie, dont l’acceptation joyeuse et libératrice sonnera l’heure de la vraie légèreté intérieure, dans une sorte de retour à la joie de l’enfance.

« la Révolte des fous » | © Frédéric Stephan

Dans le rôle du psychiatre, Richard Martin excelle. Et porte avec brio ce personnage confronté à ses failles et ses doutes. Le comédien semble donner beaucoup de lui dans ce travail. Ce psychiatre apparaît comme une sorte de double de l’acteur, d’autant plus touchant quand ses cheveux gris nous parlent de la peur de vieillir. Et pourtant, c’est bien une force de vie, une puissance indubitable qui émane de sa prestation. Richard Martin n’impose rien, joue dans un registre souvent intime, mais puise mots et émotions au cœur d’une béance animale gonflée de rage et d’énergie. Je regrette néanmoins l’usage du micro qui permet au comédien de s’économiser vocalement, mais nous maintient parfois à distance d’un jeu qui, sans l’amplification ainsi permise, ne passerait peut-être pas la barrière de la scène. Je n’ai pas compris ce choix, qui ne semblait, en outre, pas nécessaire au comédien dont la maîtrise technique est évidente.

Quoi qu’il en soit, ce point de détail ne limite ni le plaisir ni l’échange, et la salle rit plus d’une fois de voir cet homme se débattre entre humour et la fatalité dans les inéluctables chemins de l’existence humaine. Et, si les thèmes de la retraite et du passage au « troisième âge » ne promettent pas de résonner chez tous les spectateurs, les questions du sens, du néant et de la liberté humaine nous interpellent tous avec une grande efficacité. 

Élise Noiraud


La Révolte des fous, d’Henri-Frédéric Blanc

Coréalisation Théâtre Toursky-Théâtre du Chêne-Noir

Coproduction Le Phénix, scène nationale de Valenciennes, LAM production

Mise en scène : Tatiana Stepatchenko

Avec : Richard Martin

Création lumières : Richard Psourtseff

Création musique et univers sonore : Phil Spectrum

Création et régie images : Matthieu Mullot

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 40 57

Du 7 au 29 juillet 2009 à 19 h 15

Durée : 1 h 10

20 € | 15 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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