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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 14:46

Drôle, fantasque et poétique


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Il était une fois l’amour. Que dis-je, l’Amour. Le grand, le vrai, l’unique, le sublime amour. Celui qu’on rencontre un beau jour, au détour d’une rue fleurie, dans la luxuriance du printemps ou, puisque vous me demandez d’être moins mièvre, au rayon B.D. de la F.N.A.C. des Halles. « Il » est là, tout près, planté au milieu de l’allée, le nez dans son album, captivé par ses bulles. « Elle » le voit, donc, lance sa folle crinière rousse et bat des cils ardemment. Évidemment, elle le « sait », c’est « lui ». Elle l’a reconnu « tout de suite ». Une divine apparition. Elle n’a pas vraiment su comment l’aborder sans passer pour une gourde, il n’a pas vraiment su comment la regarder tant il était ventousé par son décolleté. Dans « Et Dieu oublia le Prince charmant », présenté au théâtre des Ateliers d’Amphoux, c’est « presque » comme dans les contes de fées, mais en bien plus drôle.

Jouée par la truculente compagnie En plein chœur, Et Dieu oublia le Prince charmant est une pièce qui nous raconte avec humour, tendresse et audace, l’histoire (vraie) des hommes et des femmes d’aujourd’hui, lâchés par Cendrillon, le Prince, Blanche-Neige, Dieu et toute la Trinité. Car on ne voit pas pourquoi Dieu s’en sortirait indemne, il est aussi responsable. Non mais ! On nous parle donc fort joliment de ceux qui, comme vous et moi, se débattent avec leurs sentiments et leur pauvre humanité, pour trouver l’amour et (surtout ?) pour lui donner du sens.

Dans cette pièce acidulée et bien écrite par Ève Laudenback, qui interprète aussi deux personnages, il ne s’agit pas seulement de mettre en lumière les ravages que les contes de notre enfance ont pu faire sur notre capacité à tomber amoureux et à le rester. Quelle hypocrisie et quelle cruauté que de nous faire croire au Prince charmant, non ?! Et de penser qu’on s’en satisfera « toute une vie » ! On nous emmène plus loin. Dans la version de l’histoire que nous racontent les comédiens, les personnages de contes de fées s’emmêlent et lèvent le voile sur ce que cache la célèbre formule « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

Respirez ! Ce n’est que littérature ! Mensonge ! « Toute une vie, c’est long ! » s’exclame Blanche-Neige au bord de la dépression nerveuse, toute confite dans son ennui, tant et si bien qu’elle demande un « temps de réflexion » à son prince et le quitte pour Al Pacino. La coquine, on la comprend. Ne parlons pas de Cendrillon, qui s’est enfin rendu compte que son prince à elle n’était qu’un maniaco-fétichiste, qui ne suffit pas à habiter sa vie. Elle en vient presque à regretter son balai et ses si fidèles souris. Elle tombe alors presque logiquement amoureuse du narrateur. Cela aurait pu marcher, mais il est déjà plus ou moins engagé dans une relation avec Ève (la femme d’Adam, oui), qui traîne aussi son lot de déception et vient de réaliser qu’on l’avait juste prise pour la « poulinière » de l’humanité. Mais dans quelle galère nagent-ils tous ?! Rassurant, non ?

Cette folle spirale amoureuse rend le spectacle très drôle, même si le côté un peu festif et pimenté peut en agacer certains. Et, pas à pas, sans se prendre au sérieux, mais avec une vraie portée symbolique, grâce à leur talent et à leur pêche contagieuse, les comédiens tissent un fil aussi comique que poétique, qui rapproche petits et grands, acteurs et spectateurs. Nous voilà réconciliés avec l’amour et peut-être aussi avec ce que savent être le théâtre et la littérature : drôles, fantasques et poétiques. Merci ! 

Maud Sérusclat


Et Dieu oublia le Prince charmant, d’Ève Laudenback

Cie En plein chœur • 100, rue des Larris • 60850 Cuigy-en-Bray

06 84 19 58 08

www.enpleinchoeur.com

Mise en scène : Lætitia Leterrier

Avec : Ève Laudenback, Alice Vial, Yannick Barnole, Romain Coindet, Julien Émirian, Julien Monnin

Scénographie : Hélène Pérenet

Diffusion : Irénée Blin

Les Ateliers d’Amphoux • 10-12, rue d’Amphoux • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 17 12

Du 8 au 31 juillet 2009 à 12 h 15, relâche le lundi 20 juillet 2009

Durée : 1 h 25

13 € | 10 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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