Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 16:32

Un petit bijou


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Alain Paris et sa compagnie La Belle Idée ont été très marqués par la lecture du livre du sociologue Jean-Claude Kaufmann « Premier matin ». L’idée leur est venue de créer un spectacle qui s’en inspire et raconte le réveil de sept couples, d’âge et de milieux différents, après leur première nuit. Presque une heure et demie d’une infinie tendresse, à voir au théâtre du Petit-Louvre dans la très belle salle de la chapelle.

Cruel ou merveilleux, désastreux ou sublime, l’instant qui suit le réveil après la première nuit d’amour n’est pas toujours glorieux, mais il est à chaque fois décisif. Il s’agit de représenter un moment où tout se joue, celui qui se situe entre le « c’était mieux avant » et le « ça sera bien après », cet étrange moment pudique et paradoxal qui peut durer une seconde, le temps de se précipiter vers la sortie, ou au contraire de se jeter à corps perdu dans l’histoire d’amour qui pousse au creux de soi. Choisir de l’arroser ou de fuir.

Il n’est pas évident de mettre en scène un tel propos. Mais le spectacle d’Alain Paris est une vraie réussite et devient à mon sens une de ces perles du Off qu’on attend avec impatience et qu’on savoure avec gourmandise. En effet, deux comédiens bourrés de talent, Véronic Joly et Richard Perret, se glissent dans les draps de sept couples, qu’ils incarnent tour à tour avec autant de justesse que de subtilité. Chaque spectateur reconnaît un petit bout de lui-même à travers ces tranches de vie qui deviennent des fresques tendres ou amères.

« Premier réveil »

La mise en scène parvient à faire de ce spectacle un doux miroir de soi-même et des autres, elle réveille des souvenirs qu’on pensait effacés ou douloureux et qui deviennent tendres. Elle déjoue des idées reçues, qui savent pourtant s’enraciner insidieusement dans nos consciences. Tout est mis en œuvre pour que l’intensité nous gagne, pour que l’émotion nous envahisse.

La scénographie est aussi sobre que bien pensée. Un grand lit trône sur le plateau et un écran se dresse derrière lui, sur lequel sont projetées des images qui annoncent la couleur, nuancent le discours, comme autant de clins d’œil qui parviennent à susciter un horizon d’attente. La musique qui introduit et clôt chaque scène est également très bien choisie. Elle illustre sans décrire, tout est juste, tout est senti. Ce spectacle est le fruit d’un travail d’improvisation et de mise en scène aigu, et confine parfois au sublime tout en étant très drôle. Des spectacles de cet ordre sont rares, car Premier réveil est à la fois bouleversant et accessible, doux et beau. Ne le ratez pas. 

Maud Sérusclat


Premier réveil, d’Alain Paris

Compagnie La Belle Idée •18, rue du Faubourg • 77260 La Ferté-sous-Jouarre

Mise en scène : Alain Paris

Avec : Véronic Joly, Richard Perret

Lumières : Orazio Trotta

Régie : Yves Roux, Virginie Galas

Le Petit Louvre, la chapelle • 3, rue Félix-Gras • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 04 24

Du 8 au 31 juillet 2009 à 22 h 15

Durée : 1 h 25

15 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

maud 09/08/2009 19:38

Si le texte et la scénographie sont beaux, comme vous le soulignez, comment la pièce peut-elle se réduire à "un amas de caricatures"? Par le seul jeu des comédiens?
Par ailleurs, faut-il nécessairement que le critique écrive un papier qui descende un spectacle pour qu'il ne soit pas accusé de démagogie?
Bien entendu je ne suis pas critique pour faire l'unanimité, mais pour dire ce qui m'a touchée ou pas dans un spectacle, et je pense que j'argumente de façon à ce que mon travail ne soit pas jugé comme "honteux".
Maud

Chrysalide 06/08/2009 00:21

Certes, le texte et la scénographie sont beaux. Les acteurs doivent être bons aussi, mais dans d'autres projets. Je trouve honteux de conseiller d'aller voir cet amas de caricatures qui passe à côté de la cruauté et la précarité des rapports amoureux. Je n'aime pas descendre un spectacle mais j'aime encore moins les critiques démagos. Je suis peut-être violente, mais je ne vois vraiment pas comment vous arrivez à encenser cette pièce.

Rechercher