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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 13:30

N’insistez pas, Stanislas !


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Que faire contre le snobisme ? Une comédie, s’est dit Marivaux aux alentours de 1746. Une fable bifluorée sur un air de mambo, a renchéri en 2009 Jean-Luc Revol, directeur du Caramel fou, troupe sérieuse et drôle. Le résultat est là : souriant, acidulé, élégant et un rien vain. Comme quelquefois Marivaux, quoi qu’on en dise…

Pivot et verrou de toute l’histoire : l’horripilante Angélique et ses préjugés. D’accord, elle est noble et Dorante seulement bourgeois, mais Dorante est riche. Riche à en crever… de dépit. Car enfin, raisonnons ! Ce jeune roturier est un bon parti. Il est sincère, industrieux, généreux, en un mot « beau comme Crésus ». Angélique l’aime, il aime Angélique, la maman d’Angélique est d’accord, où est le problème ? En Angélique naturellement, ou plutôt artificiellement. Il faudra toute la rouerie de Lisette pour venir à bout de ces fameux artifices dont use l’amour-propre pour tenter d’étouffer l’amour. Ah, pas de ça Lisette !

Décor minimaliste (et bon) d’Emmanuel Laborde : des petits nuages sur lesquels il n’y a plus qu’à poser l’action, des plus simples de toute façon. Les personnages se détachent sur ce joli ciel d’été comme des réclames des années 1950, paradis perdu de l’Occident. La costumière, Aurore Popineau, s’en est donné à cœur joie. Pettycoats sous les jupes, nœuds dans les cheveux, smoking, uniformes, on est bien chez des gens qui ne jurent que par Christian Dior et Rita Hayworth. Côté comédiens, Jean-Luc Revol hérite de la fine équipe de l’Affaire de la rue Lourcine (voir critique ici), ce qui est un cadeau.

Louise Jolly fait de sa belle-maman un monument de finesse, si j’ose dire. Marie-Julie de Coligny se cogne aux murs et se prend à son propre piège avec plaisir et drôlerie. C’est une Angélique finement observée. De son côté, Olivier Broda prête ses traits d’hurluberlu pince-sans-rire à un Dorante exquisement coincé. On en apprécie d’autant plus la faconde de Cédric Joulie en groom Arlequin aux pieds de l’ineffable Lisette. Coup de chapeau appuyé à Anne-Laure Pons, qui trouve en cette soubrette pédagogue un rôle à la mesure de son talent. Elle le doit en partie à Marivaux qui lui a écrit un rôle en or. N’empêche, le charme, la vie, l’ironie, c’est elle !

Ah, j’oubliais ! De temps en temps, ça les prend : tout ce petit monde se trémousse en chœur et danse à qui mieux mieux sur des airs de mambo. Celui qui, comme chacun sait, « m’a assassiné, Mathias * ! ». Bref, rires et bonne humeur pour un spectacle réussi à voir avec des amis avant d’aller boire un cocktail chez les Perle-Minouze. 

Olivier Pansieri


* Tube légendaire des Rita Mitsouko.


Le Préjugé vaincu, de Marivaux

Maison de la culture de Nevers et de la Nièvre

www.mcnn.fr

Mise en scène : Jean-Luc Revol

Avec : Olivier Broda, Marie-Julie de Coligny, Louise Jolly, Cédric Joulie, Anne-Laure Pons

Costumes : Aurore Popineau

Scénographie-lumières : Emmanuel Laborde

Chorégraphies : Armelle Ferron

Coproduction maison de la culture de Nevers et de la Nièvre, T.C.F. (Théâtre du Caramel-Fou)

www.theatredubalcon.com

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 00 80

Du mercredi 8 juillet au dimanche 31 juillet 2009 à 16 heures

Durée : 1 h 10

17 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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Dominique D. 27/07/2009 18:06

La pièce était vraiment pétillante et rafraichissante ; l'idée d'associer le mambo à Marivaux a fait mouche. Qui plus est, le théatre du Balcon est extra, les sièges sont confortables (ce qui est rare à Avignon), et la salle climatisée : de demande de plus le peuple !?

Tous les acteurs sont bons, tant et si bien qu'à la fin de la pièce, il m'a été difficile de penser à quelqu'un d'autre pour chacun des rôles. Et je ne suis pas sûr que Anne-Laure Pons (la soubrette) aurait mieux jouer le rôle d'Angélique. Le personnage d'Angélique a un coté un peu à coté de ses pompes, balayée par des évènements qu'elle ne maitrise pas, qui sied bien à ce personnage de la noblesse, et qui est très bien rendu/joué par Marie-Julie de Coligny. En tout cas, j'ai bien aimé sa prestation.

Philippe Caron 21/07/2009 01:58

J'ai également beaucoup apprécié cette pièce. La mise en scène est enlevée et pétillante. Seul bémol : pendant toute la représentation, je me suis demandé si les deux couples n'auraient pas dû être inversés, car la soubrette a beaucoup plus de classe que sa maîtresse. Essayez, je suis sûr que ça rendra encore mieux !

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