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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Inadéquation
Faire de la manipulation de nourriture un des enjeux clés d’un spectacle est une chose assez peu fréquente. D’autant plus lorsqu’il est question de donner vie à un aliment ô combien symbolique : le pain. Cette tentative proposée par le collectif Label brut semble à première vue intéressante parce que originale et audacieuse. Cette libre adaptation de « l’Étrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde » aborde une étonnante question : l’enfer peut-il se matérialiser en une boule de quatre kilos de pâte à pain ? Une mise à l’épreuve de moins d’une heure suffira au public pour se faire une véritable idée de la réponse.
C’est une scène de forme cubique que l’on découvre ici, couverte d’un revêtement blanc
brillant donnant au plateau un aspect presque clinique. Elle nous rappelle une cuisine, voire une salle d’hôpital. Au centre est disposée une table cossue. Sa couleur donne l’illusion d’une
texture cartonnée. Mais il s’agit bien ici de bois, qui seul pourrait supporter les fameux quatre kilos de pain qui vont être pétris, malaxés, violentés tout au long de la pièce. Ce choix
d’une scénographie épurée laisse présager un certain bon goût, voire un dépouillement étudié. Hélas, cette première impression s’évapore très vite et cela dès l’apparition de la comédienne. Ce
qui frappe tout d’abord, c’est le choix d’une tenue mal coupée aux coloris criards, qui tranche avec l’esthétique harmonieuse préexistante.
Tout au long de la pièce, le jeu de la comédienne consiste en un ensemble de bruits, gazouillis ou autres grimaces et mimes en tous genres. Cela rappelle le jeu d’acteur de Louis de Funès, fondé sur ici une constante exagération. En ce qui concerne la manipulation, on peut déplorer un toucher brusque et parfois même malhabile. Là où une certaine sensualité aurait pu opérer et où la pâte à pain aurait été traitée avec une folie insidieuse, la démence se résume ici à maltraiter cette pâte, à la battre, la flatter comme on flatterait un ventre rond d’avoir trop mangé. Puis cette matière est étirée, déchirée avec une terrible violence.
En outre, dans ce spectacle, on se retrouve face à de véritables paradoxes, qui provoquent l’incompréhension. En effet, le bloc de pâte est pétri pour donner vie à des formes rondes, des faciès de personnages plutôt mignons. Or on déplore une inadéquation entre une boule de pain ronde presque attendrissante et le nom que lui donne la comédienne : « Ma folle ». Certes, de la célèbre histoire de Robert-Louis Stevenson, on en retrouve de lointains aspects. Mais il est difficile d’adhérer à la mise en scène de Laurent Fraunié, qui, loin de nous emmener vers la folie, semble se contenter de l’incohérence.
On préférera donc de loin l’original à cette étrange adaptation, dont l’alchimie ne prend décidément pas. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
L’Enfer pour une comédienne et 4 kilos de pâte à pain, de Marion Aubert
Label brut • 4, rue Horeau • 53200 Château-Gontier
02 43 09 14 79
Mise en scène : Laurent Fraunié
Avec : Babette Masson
Scénographe : Grégoire Faucheux
Éclairagiste : Sébastien Lefevre
Musicien : Ivan Gruselle
Costumière : Alexandra Wassef
Photo : Jeff Rabillon
Chargée de diffusion : Delphine Prouteau
La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 12 71
Du 8 au 28 juillet 2009 à 20 h 30, relâche le 20 juillet 2009
Durée : 50 minutes
15 € | 11 €
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