ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Elle se mouille jusqu’aux os
Comment dire ? Si seulement le niveau était bas, cela me faciliterait la tâche ! Mais ce n’est pas du tout le cas. « Infiniment là » est un spectacle-concert poético-rock de qualité – rien que ça – sur les dernières secondes d’une vie, vous savez, celles qui s’étirent à l’infini. Anne Conti et ses musiciens sont bons. Mais alors pourquoi suis-je mitigée ?
La forme de ce spectacle est surprenante : ce n’est ni franchement une pièce de théâtre, ni franchement un concert. Nous nous trouvons quelque part à mi-chemin entre ces deux genres. Comme elle tient le micro et y projette sa voix, Anne Conti est la « chanteuse », à cela près qu’en plus de chanter son texte, elle le parle et le slamme, en glissant d’un style à l’autre. Elle est accompagnée par des musiciens, disposés autour d’elle classiquement, façon concert de rock : batterie en fond de scène, violoncelliste côté jardin et guitariste côté cour.
Comme durant un concert, la mise en scène focalise notre regard sur Anne Conti. Malgré les déplacements de celle-ci tout au long de la pièce, et les jeux de lumière, l’ensemble reste un peu statique. L’utilisation d’éléments nous offrant le loisir d’un parcours du regard plus complexe – projection vidéo ou autre subterfuge efficace – auraient été bienvenus.
Plus qu’à une mise en scène, nous assistons ici à une mise en musique, audacieuse. L’esprit est plutôt rock, un rock enrichi de violoncelle, d’extraits radiophoniques, de percussions, de sons bruitistes et même d’un moment de scie musicale. Le son évolue et passe par un grand nombre d’états. Les musiciens, concentrés, donnent avec grande virtuosité du relief au texte.
Poétique, le texte. Et viscéral. Hommage à son frère décédé dans un accident de voiture, on le croirait sorti d’un trait des profondeurs du corps d’Anne Conti. L’émotion n’est pas feinte. Derrière les mots, le vide de la disparition est là.
Évidemment, ça touche. Qui pourrait rester sourd aux errances poétiques d’une âme blessée, jonglant naïvement avec la métaphysique ? En outre, Anne Conti, entière, a de multiples visages qu’elle nourrit en puisant dans son vécu. Elle parvient à rendre son personnage fort, juste, intense. Si intense que je me suis demandée si la véritable douleur de la disparition avait été dépassée, ou si la scène était un moyen de le faire… Une chose est certaine, elle se mouille jusqu’aux os. ¶
Laurie Thinot
Les Trois Coups
Infiniment là, d’Anne Conti
In Extremis
Contact : Céline Vaucenat | 06 12 17 07 65
En coproduction avec Le Channel, scène nationale de Calais et L’Espal, scène conventionnée du Mans
Avec l’aide du ministère de la Culture-DRAC Nord - Pas-de-Calais et du conseil régional Nord - Pas-de-Calais
Remerciements à La Verrière, au Théâtre du Nord et au Centre chorégraphique national de Roubaix
Résidence de travail au Channel, scène nationale de Calais
Conception et texte : Anne Conti
Violoncelle : Rémy Chatton
Percussions : Vincent Le Noan
Guitare : Benjamin Leherissey
Avec : Anne Conti
Direction d’acteur : Babeth Leguillon
Création lumière : Bruno Lequenne
Création costume : Catherine Lefebvre
Création musique : Rémy Chatton, Vincent Le Noan et Ben Leherissey
Création sonore : Rémy Chatton
Régie générale et lumière : Nicolas Ahssaine
Régie son : Aurore Clément
Chorégraphie : Farid Ounchiouene
Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 25 87
Du 8 au 28 juillet 2009 à 14 h 5
Durée : 1 heure
17 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires