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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 21:40

Vous en rêviez, A.F.A.G. l’a fait


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


A.F.A.G., c’est le nom de la compagnie, qui veut dire Au fond à gauche. Avec un nom pareil, on se doute que ces gens-là préfèrent les Pieds nickelés à Heiner Müller. C’est la deuxième année qu’ils cassent la baraque avec leur « Botte secrète de Dom Juan », pastiche en alexandrins des romans de cape et d’épée ainsi que des « classiques rasoirs », le tout mitonné par Grégory Bron. Ce doux géant y tient en outre le rôle de Léonard, héros positif et barbu. C’est au Théâtre Notre-Dame (Lucernaire Avignon), dont les vieilles pierres résonnent du fracas des combats, de la fine verve des répliques et des éclats de rire. Que demande le peuple ? Mais ça, justement !

On l’aura compris, la mission de cette troupe : nous faire rire. Notamment de ces matinées dites « classiques » où tant d’entre nous bâillaient aux Corneille. Mais aussi des préjugés et des hiérarchies qui perdurent aussi au théâtre, quoi qu’on dise. Voyez ces échanges d’amabilité entre premiers et seconds rôles, In et Off, arrivés et arrivants. Le ton est donné dès le départ. Entre deux cabrioles et trois cascades, les spadassins discutent entre eux du montant de leur cachet, la jeune première se plaint de ce rôle de cruche qu’on lui donne toujours, la soubrette ne voit pas pourquoi ce serait toujours les hommes qui ferrailleraient au premier plan tandis que les femmes minaudent au fond… et ainsi de suite. Le tout, rappelons-le, en vers de douze pieds… de nez, bien sûr !

« la Botte secrète de Dom Juan »

Grégory Bron obtient ainsi un effet « Café de la gare », mais aussi Cyrano qui accompagne tout du long cette pochade héroïque. Le sommet est atteint avec l’intervention d’un spectateur qui, lui, parle en prose et touche par sa maladresse. Excellente composition de Vincent Dubos dans ce baron tendre et ahuri. Le texte flirte alors avec la métaphysique souriante d’un Tardieu ou d’un Dubillard. Je pense au très joli passage où donc ce touriste en tee-shirt s’essaie aux alexandrins, puis à l’escrime sous les yeux médusés des bretteurs. Signalons à ce propos que les combats sont réglés au petit poil, toujours par Grégory Bron. On y croit, si j’ose dire, dur comme fer ! Au fait, comment désigne-t-on un « duel » dont les combattants sont quatre, voire cinq ?

Côté psychologique, peu de détours. Le héros trousse gaillardement le moindre jupon qui passe, verbalement surtout. La troupe n’a pas les moyens de se payer des figurantes pour pareille bagatelle ! C’est Virginie Rodriguez (Léonie) qui s’y colle en faisant virevolter sa jupe et pigeonner son décolleté. Un beau brin de fille doublé d’une actrice et d’une acrobate accomplies. Élodie Bernardeau (Florence) assure le service « romantisme et clichés » avec charme et drôlerie. Elle est à la fois Chimène, Angélique et Claire Brétécher. On entend fuser des rires féminins presque à chacune de ses répliques. En face, Jean-Baptiste Guintrand incarne l’exécrable Mondragon, frère jumeau du Valombreuse de Capitaine Fracasse. Simon-Pierre Boireau et Benjamin Dubayle forment quant à eux un tandem hilarant d’intermittents de la rapière. Deux méchants « impayables ».

Entre Rostand, Théophile Gauthier et Romain Bouteille, les vers de mirliton de cette Botte secrète sont, on le voit, en bonne compagnie. Ils donnent à l’ensemble ironie et tenue. L’excellent jeu de tous fait le reste. Les spectateurs ne s’y trompent pas. La salle, bourrée à craquer, fait un véritable triomphe à ce spectacle enthousiasmant. 

Olivier Pansieri


La Botte secrète de Dom Juan, de Grégory Bron

Compagnie A.F.A.G.

www.ankou-culture.net

Mise en scène : un peu tout le monde (dixit Grégory Bron)

Avec : Élodie Bernardeau, Virginie Rodriguez, Simon-Pierre Boireau, Grégory Bron, Benjamin Dubayle, Vincent Dubos, Jean-Baptiste Guintrand

lelucernaire-avignon.wifeo.com/

Théâtre Notre-Dame (Lucernaire Avignon) • 17, rue du Collège-d’Annecy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 06 48

Du mercredi 8 juillet au dimanche 31 juillet 2009 à 18 h 15

Durée : 1 h 30

15 € | 11 €

Théâtre Le Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris

01 42 88 64 44

www.theatre-ranelagh.com

Du 11 février 2010 au 28 mars 2010, du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures

Métro : La Muette/Passy, R.E.R. C Boulainvilliers

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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