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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La rose des Halles
Dans l’intimité de sa petite salle de la chapelle Sainte-Claire, le Théâtre des Halles vous offre, festivaliers, un texte d’une rare beauté. Arrivez un peu plus tôt et profitez de la fraîcheur de son jardin en attendant le début de la représentation. Venez écouter les pérégrinations de la Géante des rues de Prague…
Le texte de Sylvie Germain est le récit de rencontres avec ce personnage fabuleux de la Géante. Il
se compose comme une chronique d’apparitions mystérieuses de cette inconnue, errante et boiteuse, à la fois esprit de la ville et mendiante, « rose de personne », inspirée de Celan et
de Lévinas. Invisible et incorporelle, n’ayant même pas « un visage qui lui fût propre », tantôt cri, tantôt brume légère sur la ville, sans visage ou plutôt avec mille visages, mille
bouches pour pleurer la mémoire des enfants disparus, déportés dans l’anonymat, de ceux qui ne portent pas de nom pour avoir porté l’étoile. Sorte de mémoire vivace, elle porte en elle tous les
disparus de l’Histoire, tous les oubliés, « car sous ses grands airs, l’Histoire pue ».
Ce texte magnifique, Claire Ruppli s’en saisit et lui prête son corps et sa voix avec une maîtrise et une sensibilité incroyables. Mieux, elle l’habite singulièrement. Singulière malgré son pardessus passe-partout. Singulière par son corps léger de plume et sa démarche plus sautillante que claudiquante (oui, la Géante est boiteuse…). Seul bémol dans cette interprétation magistrale : une diction qui ne m’a pas toujours convaincue. J’ai trouvé le ton parfois trop léger et sautillant, justement, un parti pris allant sans doute de pair avec son jeu. Mais sa créativité sur scène est indiscutable. Avec peu d’éléments et beaucoup de talent, elle parvient à faire surgir des tableaux, des visions, à faire naître de son corps frêle de gigantesques apparitions.
Il est surprenant de voir cette jeune femme souple et fragile se fondre complètement dans le corps de la Géante, marcher dans ses pas et suivre sa trace, pas à pas. Et lorsqu’un cygne s’envole et se mêle à ce corps démesuré, l’interprétation de Claire Ruppli est tout simplement à couper le souffle, elle devient un instant cet oiseau en battant simplement des bras, à bout de souffle : « Il dansait, le cygne, il dansait au ras de l’eau, à fleur de nuit, au cœur de la ville, si proche des humains et pourtant si étranger ». Ce qu’elle nous en laisse ? Une trace de tristesse et la sensation d’avoir assisté à un merveilleux moment de théâtre. Géant, si j’ose dire ! ¶
Claire Stavaux
Les Trois Coups
La Pleurante des rues de Prague, de Sylvie Germain
Rencontre-signature avec Sylvie Germain le 17 juillet à 11 heures, sous le cèdre dans le jardin du Théâtre des Halles
Cie KIPRO-Co
Coréalisation Théâtre des Halles à Avignon
Adaptation, conception et jeu : Claire Ruppli
Regard complice : Jeanne Champagne
Création lumière-régie : Gaëtan Lajoye
Création sonore : Benoît Pimont
Voix : Jana Bittnerova, Ève Guerrier, Yves Gourvil
Affiche et photo : Stanislas Kalimerov
Graphisme : Teddy Moissant
Diffusion : Bénédicte Jacquard et Emmanuelle Dandrel
Théâtre des Halles, chapelle Sainte-Claire • rue du Roi-René • 84000 Avignon
Réservations : 04 32 76 24 51
Du 7 au 30 juillet 2009 à 17 heures, relâche le 19 juillet 2009
Durée : 1 heure
15 € | 11 €
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