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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 16:53

Sinistre et sensuel


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Cela fait six ans que Laurence Andreini est tombée « en amour » avec La Roche-Courbon, que Pierre Loti surnommait le château de la Belle-au-Bois-Dormant. Non pas en regard de son architecture pourtant superbe, mais à cause de la forêt dense et mystérieuse qui le dissimule au regard des curieux, comme dans le conte des frères Grimm. C’est peu dire que l’endroit se prête à une fable comme celle de « Barbe-Bleue », sombre, animale et inquiétante autant que fascinante. Un très beau spectacle porté magistralement par une équipe de comédiens pleins de talent et d’énergie. Seule ombre au tableau : un texte moyen et un peu mou.

Après avoir déjà posé ses tréteaux dans la cour d’honneur, les douves (pour y jouer Marie Tudor, vous imaginez ?) et devant le mur féodal, Laurence Andreini, cette année, a choisi le jardin à la française. Juste devant l’un des points d’eau, construit comme une ligne de fuite qui perce dans la forêt.

Imaginez : c’est la nuit. Il y a cette étendue d’eau qui se perd dans le noir de la nature bruissante, la cime des arbres est subtilement éclairée. Assez pour que nous n’oubliions pas sa présence et suffisamment peu pour nous laisser appréhender tout son mystère effrayant. Il arrive. On l’aperçoit qui monte dans sa barque. On l’entend chuchoter. À sa main, la robe ensanglantée de sa dernière proie. La démarche roulante et féline, le regard terrible, il bondit sur la scène : « J’y ai cru ! Pourquoi faut-il éternellement tout recommencer ? ».

C’est l’histoire d’un fonctionnement en circuit fermé, psychotique. L’homme-ombre, l’homme-blessure, l’homme-barbarie, mais aussi l’homme-Minotaure, l’homme-chair, l’homme-désir. Sa jument blanche est une bergère, Marguerite. À peine une femme. Après son mariage avec cet homme si charismatique et si mystérieux, après les nuits d’amour passionnées (ce que le spectateur constate avec… « émotion » dirons-nous), son abandon quotidien et le viol de la chambre interdite, elle finira par lui opposer une telle force d’amour qu’elle en brisera l’aveuglement de son époux.

On ne saurait dire ce qui prévaut en matière de talent. Est-ce la mise en scène, pleine de trouvailles ingénieuses esthétiques et drôles ? Sont-ce ces comédiens, combatifs et unis (Éric Bergeonneau incroyable, Marie-Hélène Garnier superbe, Damien Henno et Maxime Legal à mourir de rire, et la Dernière Fiancée, étonnante et profonde) ? La lumière, intelligente, fine, qui soutient et embellit sans jamais éclipser ce qu’il advient sur le plateau ? Ou encore la scénographie, avec cette grande boîte noire laquée qui sert tour à tour de mur, de comptoir, de table, de lit nuptial, de cercueil et de chambre aux secrets ? Je ne sais, mais la magie est là.

On est juste un peu déçu par le texte, qui manque de profondeur. Ce que l’auteur a tenté de construire comme un leitmotiv est un peu lassant, les phrases obscures sans raison, et le vocabulaire un peu commun. À cet égard, l’auteur doit beaucoup au jeu des comédiens qui masquent les imperfections nombreuses de son travail. 

Lise Facchin


Barbe-Bleue, de Christian Caro

Mise en scène : Laurence Andreini

Avec : Éric Bergeonneau, Marie-Hélène Garnier, Damien Henno, Maxime Legal et la Dernière Fiancée (J.T.N.)

Scénographie : Charlotte Villermet

Création de la bande-son : Michaël Schaller

Compositeur : Christine van Beveren

Constructeur décor : Jean-Paul Dewynter

Lumières : Étienne Dousselin

Costumes : Fabienne Varoutsikos

Mise en corps : Sophie Gérard

Château de La Roche-Courbon • 17000 Saint-Porchaire

Réservations : 04 90 85 12 71

Du 13 au 23 juillet 2009 à 22 heures, relâche le 18 juillet 2009

Durée : 2 h 15

10 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Lise Facchin 17/07/2009 23:53

Bonjour Laurence,
que j'aimerai la voir cette fin!!
je transmet de ce pas les changements à faire à la rédaction... je me suis débrouillée avec le dossier de presse, mille excuses pour les cafouillages!
Au plaisir de vous recroiser et peut-être de voir la fin que vous nous avez concocté!
Lise

L.A 17/07/2009 13:15

autre chose : la durée du spectacle est de 1h25

Merci. L.A

L.A 17/07/2009 13:13

Merci Lise pour ce très bel article ... la fin est belle et trouvée !
la deuxième soeur est jouée par FLORENT FERRIER et non Maxime Legal, et Marguerite est Clémentine Bernard. Merci de corriger vos informations. Bien à toi et au plaisir de se croiser .... L.A

Buisine 17/07/2009 12:05

Quelques rectifications, le spectacle dure 1h30, il s'agit de Florent Ferrier et pas de Maxime Legal et la dernière fiancée jtn est Clémentine Bernard

dupuis 17/07/2009 11:16

Je souscris tout à fait au commentaire de Cybelle, et vous trouve bien sévère avec le texte qui rend nous rend si bien ce conte fantastique avec en prime un regard sur l'amour tout à fait magique.Dommage de ne pas citer le nom de Clémentine Bernard. Un détail: le numéro des résas semble correspondre à un lieu en Avignon?

Cybelle 16/07/2009 18:54

J'ai été transportée par cette féérie !
Si pauvreté du texte il y a, le jeu des acteurs suffit à la rendre fortune. Je me permets de donner le nom de Marguerite : Clémentine Bernard, qui se méthamorphose de la jeune fille à la femme avec une extrème sensibilité.
Merci a toute la troupe pour ce merveilleux spectacle. Je reviendrai vous voir en décembre.

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