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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 14:32

Le souffle de la déesse


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


L’homme au visage d’or. Vous l’avez sans doute aperçu parmi la cacophonie des affiches qui parsèment les grilles et les murs de la ville. Et c’est pourquoi vous êtes là, au théâtre de La Condition des soies, à Avignon, pour assister à la création du monde par le chorégraphe Shang-Chi Sun. Partons dans les temps immémoriaux et les contrées lointaines retrouver « Nüwa », la déesse de la vie.

Avant la vie, il n’y avait rien sinon un amas indiscernable, le Chaos. Puis, les éléments se sont séparés. En un tas enchevêtré reposent deux danseurs. Un homme, étendu sur cette masse informe, s’en détache et commence un parcours solitaire. C’est le pianiste, symbole de l’Univers et de l’émergence du son. Les deux danseurs, au sol, figurant Nüwa – la déesse serpentine mi-homme, mi-femme – s’enroulent et se déroulent, dans un mouvement atemporel, telles des forces antagonistes et complémentaires. On nous conte la naissance du monde et de l’humanité. Danseur et danseuse s’éveillent et dispersent l’argile jaune avec laquelle Nüwa les a façonnés. L’homme et la femme sont divisés. Tour à tour, tandis que l’un chemine imperceptiblement, l’autre révèle sa nature en un solo dont le mouvement est façonné ou par la corde d’un instrument ou par la présence du souffle.

« Nüwa »

La naissance est, à la fois, belle et douloureuse : gestes comme exacerbés dans une superbe contorsion, corps mené par l’épaule qui guide la courbure, déploiements rattrapés par le corps, qui revient à son état premier. Les deux corps, à nouveau, se retrouvent et s’enroulent, pour se différencier aussitôt. La danse devient, plus tard, théâtre. La parole émerge du Néant et impulse le mouvement. Le danseur, en proie à un jaillissement incontrôlé de sons, laisse son corps libre de suivre l’éclosion des premiers mots. La danseuse, tourmentée d’une même frénésie, est traversée par la diversité des langues. Cependant, nous n’irons pas plus loin. Le mythe de Nüwa s’achèvera ici car, ce qui importe, c’est à la fois l’Un et le Tout indissociables, image de la danse comme mouvement primordial.

L’interprétation des deux danseurs représentant Nüwa est fascinante parce que, dans la vision des corps désarticulés ou dans la souplesse des déliés, chaque geste est d’une précision extrême. On y sent l’harmonie issue du minimalisme abstrait et symbolique de la danse traditionnelle chinoise – les mains, dans un instant suspendu, évoquant en un geste unique ce que l’ample déploiement de la danse occidentale convoquerait. L’harmonie tient aussi à l’esprit voyageur du chorégraphe taïwanais qui, résidant à Berlin, a su allier la grâce de l’Orient et de l’Occident, le traditionnel et le contemporain. La troupe – l’esprit de Nüwa est-il passé par là ? – est de tous les endroits : un chorégraphe taïwanais, une danseuse grecque et un pianiste allemand. Cultures diverses, propices à l’évocation de la déesse. Beauté née du divers. Le souffle de Nüwa est passé. 

Fatima Miloudi


Nüwa, de Chang-Chi Sun

Compagnie Shangchi Move

Chorégraphie : Chang-Chi Sun

Danse : Nefeli Skarmea, Chang-Chi Sun

Musique : Andreas Kern

Éclairage : Sebastian Teutsch

Composition électronique : Pei-Yu Shi

Relations publiques et diffusion : Yilin Yang

La Condition des soies • 13, rue de la Croix • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 74 16 49

Du 8 au 31 juillet 2009 à 17 h 45

Durée : 50 min

10 € | 7 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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