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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Parti pris avec dégât collatéral majeur
On a déjà dit beaucoup de mal sur la télévision, fenêtre sur le monde qui occulte le réel, magicienne hypnotique briseuse d’idylles. Le but avoué de « Projection privée » est de vous brouiller définitivement avec la petite lucarne, cause (ou conséquence ?) de tous vos problèmes de communication. Mais, à tirer sur les ambulances, on ne fait pas toujours mouche…
Un couple qui se délite. Se sont-ils seulement aimés ? Avant le mariage, peut-être. Mais la nuit de noces fut
fatale. Muré dans son cynisme, il trompe désormais sa femme avec la première fille venue. Elle, délaissée, se réfugie dans le grand lavage neuronal. Heure après heure, elle se gave de
succédanés de vie pour combler son néant. Lui, pendant ce temps, a oublié jusqu’au nom de sa femme et rêve de triolisme… Ce point de départ aurait pu être une parabole efficace sur la misère de
nos relations humaines à l’heure où le coup de zappette donne l’illusion de maîtriser le réel. Las, malgré quelques trouvailles astucieuses, c’est à une prestation bien décevante que j’ai
assisté.
Le texte et la mise en scène de cette pièce reposent sur le pari de faire de la télévision un personnage à part entière. Celle-ci souligne ironiquement certaines répliques et tient une place centrale dans le déroulement de l’intrigue. Actrice mais aussi sujet, elle est tout autant ce dont on parle que ce qui parle : lors d’une tentative d’échange entre l’homme et son épouse, c’est même elle qui lui donne la réplique. Techniquement réussi, puisque les répliques et la bande-son s’enchaînent parfaitement, ce parti pris entraîne néanmoins un dégât collatéral majeur : toujours allumée, cette télévision produit un fond sonore permanent qui, à la longue, est usant pour les nerfs. Pire, elle génère une présence écrasante contre laquelle les acteurs ont du mal à lutter.
Cet état de fait aurait été difficile à gérer pour des acteurs au sommet de leur art. Mais, là aussi, la prestation d’ensemble des acteurs m’a déçu. Globalement, malgré quelques moments réussis (par exemple la scène où Mathieu Dion vante les vertus de l’arnaque sur un ton de parfait bonimenteur), j’ai trouvé qu’ils peinaient à trouver le ton juste. Il faut dire aussi que le texte, hésitant entre absurde et clichés, et maniant les doubles sens avec une subtilité éléphantesque, ne leur facilitait pas toujours la tâche. Difficile de trouver une ligne d’ancrage là-dedans.
La mise en scène, en particulier grâce à de très bonnes lumières (créées par Philippe Lacombe) et à l’utilisation d’effets vidéo efficaces, permettait néanmoins de maintenir l’intérêt… Mais pourquoi, par trois fois (si j’ai bien compté), laisser la scène vide, et n’offrir au spectateur que la seule télé ?… Comment faire tomber le rythme d’une pièce, leçon nº 1. Pour les festivaliers qui ont à cœur d’aller voir l’essentiel, je ne saurais donc, malheureusement, conseiller d’aller voir cette pièce. ¶
Vincent Morch
Les Trois Coups
Projection privée, de Rémi De Vos
Mise en scène : Yves Chenevoy
Avec : Claudie Arif, Charlotte Blanchard, Mathieu Dion
Scénographie : Didier Gauduchon
Lumières : Philippe Lacombe
Sons et vidéos : Jean-François Domingues
Costumes : Élisabeth de Sauverzac
Construction décor : Baptiste Herry
Espace Alya • 31 bis, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 27 38 23
Du 8 au 31 juillet 2009 à 16 h 40
Durée : 1 h 10
12 € | 8 € | 6 €
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