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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 18:15

Craquant !


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Pas du tout prévu dans mon programme, ce « Sur le fil » de et avec Sophie Forte, mis en en scène par Anne Bourgeois au collège de La Salle. Moi, c’est plutôt Shakespeare, Tchekhov, Marivaux. Seulement le chef a dit : « Cette année, priorité aux vivants ! » (il parle des auteurs). J’ai donc coché De Voos, Martin Crimp, Emmanuelle Bataille… Pas du tout cette humoriste qui passe chez Laurent Ruquier, Michel Drucker et tutti quanti… Ce qui m’a fait changer d’avis, c’est le hasard en me faisant rencontrer un ami qui y allait. Le hasard, comme on sait, fait souvent bien les choses. Cette fois il s’est surpassé… !

C’est aussi le hasard qui déclenche cette belle histoire d’amitié amoureuse entre une optimiste et un désespéré. S’étant trompé de numéro, François tombe sur Juliette, qui aussitôt l’enchante. Ensuite, c’est le petit jeu du « rappellera, rappellera pas », version téléphonique du « cours après moi que je t’attrape » bien connu. Je ne pense pas vendre la mèche en précisant que François est infirme, ce que Juliette ne peut pas deviner. Ce sont d’abord leurs voix qui se sont plu. À présent, elles s’attirent, se recherchent, s’étonnent, ravies de n’être plus seules.

Une jolie fable sur ces choses qu’on cache à l’autre au début, qu’on a ensuite d’autant plus de mal à lui révéler, alors qu’il le faut. Le coup du téléphone, d’habitude truc commode pour auteur flemmard, devient ici un trait de génie. Il est le masque sous lequel nos deux écorchés de la vie vont pouvoir s’idéaliser, mais aussi se mentir et même se faire peur. Excellent décor de Charlie Mangel, parfaitement à l’image de cette pièce faussement naïve. J’adore son idée d’avoir symbolisé « l’intérieur » de chaque personnage par une simple toile peinte, où seule la forme de la fenêtre diffère. Fabrice Kebour fait le reste, c’est-à-dire tout, avec ses lumières. Des bons.

Sa liberté, c’est le vrai secret de ce spectacle. Tantôt il joue sur le réalisme, tantôt au contraire sur le pur délire. Et le tout, l’air de rien, comme dans une série de pirouettes évitant la chute. « Sans rien en lui qui pèse ou qui pose… » prônait Verlaine dans son Art poétique. Celui de Sophie Forte est subtil, tant comme actrice que comme poète. Poétesse, je sais, mais ça sonne curieux. Juliette donc ne voit pas Philippe quand ça l’arrange, et sinon si ! Lui de même. C’est gai et intelligent. Que les casaniers du récit, qui n’aiment pas qu’on leur change leurs petites conventions, aillent se faire suer ailleurs ! Ici, Buster Keaton flirte avec Marivaux, et c’est très bien. Leur bébé est sensationnel.

L’actrice vaut l’auteur. Il se dégage de ce petit bout de femme une drôlerie et un charme effectivement instantanés. Sa présence tient du talisman. On comprend que François en devienne rapidement accro. Et encore, il ne la voit pas ! Quel élégant toupet que d’avoir su mettre sur la scène d’une comédie un sujet aussi délicat. Sa Juliette est craquante de drôlerie mais aussi de pudeur. De son côté, Philippe Sivy trouve en François un rôle en or, dont il s’empare avec sa sincérité habituelle. Tous deux flottent sur un petit nuage tantôt rose tantôt noir, comme la poésie. Allez vous laver le cœur et les yeux à leur joli conte. C’est si bon de rire… et de pleurer. Mais oui, ça se termine bien ! C’est-à-dire par une salle en larmes applaudissant à tout rompre. 

Olivier Pansieri


Sur le fil, de Sophie Forte

Atelier Théâtre actuel

www.atelier-theatre-actuel.com

Mise en scène : Anne Bourgeois

Avec : Sophie Forte, Philippe Sivy

Lumières : Fabrice Kebour

Scénographie : Charlie Mangel

Photo : B.-M. Palazon

Production La Comédie Bastille, Atelier Théâtre actuel et Laurent Preyale

Collège de La Salle • 1, place Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 70 01 92

Du mercredi 8 juillet au dimanche 31 juillet 2009 à 17 heures (attention relâche le 13 juillet 2009)

Durée : 1 h 15

16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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