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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
C’est pas mauvais, mais ça manque de sel
Le public se presse dans le hall d’entrée du Théâtre du Petit-Louvre, pour voir un des succès des éditions 2007 et 2008 du Off. « L’Hiver sous la table » de Roland Topor, c’est l’histoire d’un amour poétique et décalé entre une jeune traductrice rêveuse et un immigré à qui elle loue le dessous de sa table. Un spectacle qui, s’il offre de jolis moments, m’a globalement laissée sur ma faim. La prestation tombe plutôt dans le mélo quand elle pourrait tendre vers une vraie folie. Les ingrédients de base sont là, mais l’ensemble manque, à mon goût, de sel, de mordant et, au final, de relief.
Duo cocasse et enthousiaste, Mlle Michalon et « Monsieur » Dragomir, comme elle aime à l’appeler, habitent le même appartement. Enfin, presque. Elle, ne
gagnant pas assez avec son travail de traductrice, a choisi de louer le dessous de sa table. Lui, ayant déjà vécu, entre autres, sous un lit et dans un caveau, voue une reconnaissance et un
respect éternels à sa bienfaitrice. Entre deux chaussures qu’il répare assis sous la table, ses yeux tombent souvent sur les jambes de la jeune femme. Elle, pleine de sollicitude, lui offre en
cadeau de bienvenue un petit jardin japonais qui « ne prend pas de place mais décorera quand même ». Et, de frôlements en regards, l’amour ne tarde pas à naître dans (ou de) la
proximité.
Tout semble normal, donc, mais pourtant tout grince dans le texte de Topor. Sous le vernis de cette apparente normalité, de cette gentillesse réciproque, on frôle pourtant le délire et, avec lui, la violence. Car cet arrangement affable avec la misère la plus noire semble tout de même tirer du côté d’un humour très noir, voire cynique. Mais la mise en scène de Patrick Blandin manque, sur ce point, de clarté. Là où on attendrait plutôt des personnages caricaturaux, aux couleurs tranchés, les comédiens jouent en couleurs pastels. Leur interprétation très naturaliste, en rondeur, ne manque pas d’intérêt au début. En effet, elle laisse planer un malaise, un doute, et crée un décalage intéressant entre la situation et leur manière de la vivre. Comme une violence sourde sous une chanson douce. Mais, sur la longueur, ce choix ne tient pas. Et on en vient tout simplement à perdre l’intérêt pour une histoire dont tous les ressorts ne sont pas utilisés. En outre, la configuration de la magnifique salle de la chapelle des Templiers (plateau étroit, gradins très hauts) rend l’acoustique difficile et, par voie de conséquence, l’attention plus aléatoire quand le jeu devient trop intimiste.
Cependant, plusieurs passages au rythme enlevé et efficace savent ramener notre attention vers la scène. Nadine de Gea, dans le rôle de Raymonde, l’amie de Florence Michalon, campe un personnage réussi de bourgeoise bien-pensante mais désireuse de s’encanailler au contact d’immigrés mâles. Patrick Blandin, dans le rôle du cousin de Dragomir, signe un personnage très drôle, avec de belles propositions physiques. Mais il demeure dommage que ces moments, plus au diapason de la folie de Topor, soient isolés. Le rythme de l’ensemble reste bancal et les nombreux passages musicaux ne parviennent pas à réalimenter une flamme qui peine à vivre dans le jeu lui-même. ¶
Élise Noiraud
Les Trois Coups
L’Hiver sous la table, de Roland Topor
Compagnie du Caméléon • BP 43923 • Fare Tony •98713 Papeete • Polynésie française
06 21 80 54 31
Mise en scène : Patrick Blandin
Avec : Élodie Colin, Nadine de Gea, Patrick Blandin, Guillaume Gay, David Marchal
Petit Louvre (salle Templiers) • 3, rue Félix Gras • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 04 24
Du 8 au 31 juillet 2009 à 16 h 35
Durée : 1 h 20
17 € | 12 €
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