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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 15:13

« Le maire aujourd’hui est de moins

en moins décideur et de plus en plus responsable… »

 

Avec « Inaugurations », Bruno Allain – acteur, auteur, plasticien – nous plonge dans le quotidien de la vie d’un maire. De discours officiels en réflexions personnelles, nous assistons pas à pas à l’évolution d’une carrière en mairie, qui, à l’évidence, n’est pas un long fleuve tranquille. Poissons rouges, rond-point, voisinage, campagne électorale… Rencontre avec ce drôle de maire, installé depuis peu au théâtre La Parenthèse à Avignon jusqu’au 31 juillet 2009.

 

Les Trois coups. — Mais où donc êtes-vous allé chercher cette drôle d’idée ?

Bruno Allain. — C’est amusant ! Ça fait déjà presque vingt ans. J’avais un ami philosophe qui déménageait. Il fallait le faire vite vite vite. Nous avions une camionnette que nous remplissions avec des caisses, que nous remplissions avec des livres ! De temps en temps, nous faisions des pauses. Et c’est lors d’une pause que cet ami me tendit un livre. Je me trouvais alors en haut d’un escabeau. Le titre du livre disait à peu près ceci : « Modèles de discours en direction des élus »… Ce texte a été écrit après la Première Guerre mondiale, au début des années 1920. Du haut de mon escabeau, je me suis mis à en lire certains passages. Nous avons beaucoup beaucoup ri, vraiment ! J’ai tout de suite eu la sensation que cela pouvait faire un spectacle.

Comme je lui avais rendu service, à la fin de la journée, il m’a donné le bouquin, en me disant que je pourrai en faire quelque chose, un jour…

J’ai gardé ce livre quinze ou vingt ans. Et puis, là, aux nouvelles élections, lorsque j’ai entendu M. Nicolas Sarkozy et sa campagne, dont la thématique tournait autour du retour aux valeurs, je me suis dit : eh bien, allons interroger les valeurs en question ! Quelles sont-elles ces valeurs dont on nous parle et qui sont issues de la IIIe République ? C’est très intéressant ! Il y a une grande ambiguïté ! À la fois beaucoup de choses sur l’éducation, sur une sorte de générosité, de compagnonnage, de vraie solidarité, de vraie fraternité et puis, derrière, il y a aussi la philosophie qui consistait à faire picoler les soldats que l’on envoyait ensuite à la boucherie de la guerre de 1914-1918 ! Le patriotisme !

 

Les Trois coups. — Tous les textes que vous jouez sont-ils issus de ces « modèles » ou en avez-vous écrit certains ?

Bruno Allain. — Certains textes sont largement inspirés du livre. J’ai même parfois monté, découpé, le texte original. Mais il y a de toute façon un travail de réécriture. Et puis en ce qui concerne les discours d’inauguration plus modernes, qui parlent du wifi, de l’Internet, il est évident que c’est une invention complète. Et puis, en dehors des discours, il y a toute la vie de la commune qui se développe, avec les personnages comme la secrétaire de mairie, l’éternel opposant qui ne gagne jamais les élections. Il y a des transitions entre les discours, qui permettent aussi une adresse au public. Tout cela est de l’invention pure et simple !

 

« Inaugurations » | © Céline Dupuis

 

Les Trois coups. — Adresse au public, démocratie participative ?

Bruno Allain. — Oui, oui, oui ! Dans le texte, le maire gagne par 128 voix contre 34 et 1 abstention. Grosso modo, 170 électeurs dans la commune. Parce que oui, justement, l’autre source d’inspiration c’est que j’ai interrogé, échangé avec plusieurs maires de petites communes. Et je me souviens notamment d’un maire d’un petit village du Morvan. Un soir, je lui demande : « Monsieur le maire, franchement, très franchement, dites-moi, vous savez exactement qui vote quoi dans votre commune ? ». Alors, il me regarde dans les yeux, il prend un grand temps et il me dit : oui. Donc là, effectivement, c’est de la démocratie directe !

 

Les Trois coups. — Le maire est de moins en moins décideur et de plus en plus responsable. » Le maire d’hier ne ressemble plus du tout au maire d’aujourd’hui ?

Bruno Allain. — Non. Je crois vraiment que non. En tous les cas, c’est ce que j’ai entendu maintes et maintes fois dans la bouche des maires de petites communes. Dès que quelque chose ne va pas, qu’il y a un accident parce que le panneau de basket est abîmé, c’est le maire qui est responsable. Par contre, dès qu’il y a des changements qui nécessitent des moyens financiers importants, ça lui échappe complètement. Lui, tout seul, il ne peut pas, même dans une communauté de communes, où il n’est qu’une voix parmi l’ensemble. Beaucoup de décisions sont prises qui leur échappent totalement. Et je ne parle pas de la suppression de la taxe professionnelle comme il en est question. C’est le dernier endroit où ils sont encore indépendants. Si cette taxe est remplacée, par exemple si elle est gérée par la capitale – c’est un discours que j’ai entendu quarante mille fois ! –, ils seront encore moins libres ! C’était le dernier endroit où ils étaient encore maîtres chez eux. Je ne suis pas loin de penser que les maires vont disparaître, en tous les cas les maires des petites communes. On ne gardera que les maires des grosses « intercommunalités ». Il y aura quelqu’un de responsable…

 

« Inaugurations » | © Céline Dupuis

 

Les Trois coups. — D’où l’idée d’un « monument aux maires », dont vous parlez à la fin du spectacle ?

Bruno Allain. — Oui !

 

Les Trois coups. — Pour finir, Bruno Allain, pourquoi Avignon ?

Bruno Allain. — C’est comme un retour aux sources, je ne m’y attendais pas. Quand j’ai commencé à être acteur, il y a longtemps, une des choses qui m’a le plus influencé, je crois, était Bernard Haller. C’était dans un grand théâtre parisien. Je ne venais pas de Paris, moi, et j’étais très impressionné. J’ai vu Bernard Haller, à l’époque où il commençait à être un peu plus connu, et, à partir de ce moment-là, le soir en m’endormant, je faisais des monologues et des spectacles en solo. Il y a eu quelque chose de magique dans cette soirée, dont je garde de vifs souvenirs. Et je n’ai jamais, jusqu’à présent, tenté de spectacle en solo. C’est un retour aux sources. J’ai déjà écrit beaucoup de solos, mais que je n’avais jamais pensé pour moi, plus pour les autres, pas pour moi. J’écrivais surtout, oui, j’écrivais tout court. Et, là, j’avais envie, vraiment. J’ai été soutenu par une compagnie qui s’appelle L’art mobile, dirigée par Gil Bourasseau, et nous avons été accueillis par le théâtre de La Parenthèse, où, dans la cour intérieure de cette superbe maison avignonnaise, j’ai pu faire une exposition – oui, puisque c’est la dernière casquette du saltimbanque qui vous parle. Je fais des œuvres plastiques un peu folles, des boîtes à cris, des sculptures sur fils… C’est une exposition qui s’appelle Écrits et cris. Voilà.

 

Les Trois coups. — Bonne chance alors !

 

Recueilli par

Astrid Cathala

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Inaugurations, de et avec Bruno Allain

Mise en scène : Cécile Tournesol

Complicité artistique : Gil Bourasseau

La Parenthèse • 18, rue des Études • 84000 Avignon

Réservations : 06 13 22 61 93

Du 8 au 31 juillet 2009 à 14 heures

Durée : 1 heure

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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