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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 21:45

Cruauté et concupiscence


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


« Imomushi » ou « la Chenille », de Ranpo Edogawa, condense, en une vingtaine de pages, toutes les qualités d’une nouvelle fantastique. De main de maître, l’auteur tient son lecteur fasciné par l’horreur d’une vie maritale si effrayante qu’elle ne peut mener qu’à la perversion, à la folie et à la mort. L’enjeu de l’adaptation scénographique était de rendre sensible la beauté de la narration et l’horreur de la situation. Le moins que l’on puisse dire est que la compagnie Pseudonymo a su rendre palpable cet étrange alliage.

« L’héroïsme du lieutenant Sunaga est, sans conteste, la gloire de l’armée de terre », répète inlassablement le général Washio à Tokiko, l’épouse vertueuse. « Mais j’admire également l’abnégation avec laquelle vous vous occupez de lui depuis trois ans sans jamais montrer le moindre signe de lassitude. » À l’ombre de sa demeure, cependant, le leitmotiv de l’exemplarité n’a pas cours. Tokiko a l’esprit ensorcelé. Elle sombre dans la cruauté et la concupiscence.

Ralentir le mouvement, dilater le temps et rompre avec le devenir. Jour après jour, Tokiko dérive. Hormis les visites toujours identiques du général, elle reste seule avec son époux. Et si jamais elle rend visite à sa seule voisine, son mari se frappe inlassablement la tête jusqu’à obtenir la preuve de son amour. Parce qu’ils sont indéfectiblement liés, elle en vient à en faire sa chose, un ridicule objet à sa merci. Elle l’écrase du pied, le fait souffrir, en rit. Elle s’approprie son corps comme un fétiche phallique et en jouit.

« Imomushi »

Mais elle est là, toujours là. Par devoir et puis avec un désir insatiable. Tout repose sur l’inconcevable. Le lieutenant Sunaga est vivant, sans bras, ni jambes, sourd et muet. Il ne reste qu’un tronc cicatrisé et brûlé, et une tête à l’avenant. Seule marque du vivant, les yeux. Jusqu’à les crever.

La mise en scène de David Girondin Moab a réussi la gageure d’immerger le spectateur dans l’univers fantasmagorique d’Edogawa, à la fois onirique, poétique et angoissant. Musique, respirations oppressantes, images cauchemardesques, envoûtement des déplacements répétés ou ralentis, éclairage qui brouille le visage fou de la femme : voici quelques exemples des moyens mis en œuvre. Et le plus beau est, sans conteste, ce sur quoi repose tout l’ensemble : l’alliance du vivant et de la marionnette. Mais, s’il n’y avait la distanciation de la conscience, je jurerais n’avoir vu que du charnel. 

Fatima Miloudi


Imomushi, d’après Ranpo Edogawa

Compagnie Pseudonymo

Mise en scène : David Girondin Moab

Collaboration artistique : Laurent Bazin

Assistante de scénographie : Bérengère Naulot

Avec : Geoffroy Barbier, Angélique Friant, Gabriel Hermand Priquet, Virginie Schell

Lumières : Stéphane Bordonaro

Vidéo : Grégory Sacré, David Falguière

Son : Uriel Barthélémi

Construction marionnettes : David Girondin Moab, Paulo Duarte, Gabriel Hermand Priquet

Costumière : Élise Beaufort

Maquillage : Faustine-Léa Violleau

Directeur artistique : David Girondin Moab

Administration : Laure Fraissé

Diffusion : Hélène Malet

Caserne des pompiers • 116, rue de la Carreterie • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 87 26 80

Du 8 au 29 juillet 2009 à 20 h 30, relâche les 15 et 22 juillet 2009

Durée : 1 heure

13 € | 9 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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