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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 12:13

L’Afrique, quoi !


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


La compagnie La Barraca, dirigée par le metteur en scène libanais Nabil el‑Hazan, présente sa nouvelle création à l’occasion du Off d’Avignon : « Fada rive droite ». La fada, c’est un endroit où l’on danse, où l’on fume, où l’on chante, mais surtout c’est l’endroit où l’on cause. Si les thèmes évoqués sont sérieux et graves, l’écriture en dentelle d’Arezki Mellal les pare d’une telle légèreté que pas un seul instant le spectateur n’est alourdi de leur poids. Un spectacle beau, joyeux et profond, mais qui mérite d’être encore rodé.

Ah, ça ! C’est toujours la même chose avec les créations d’Avignon : on croit qu’on va se « faire la main » sur le tas ! Eh non, mes amis, il faut être prêt pour la première ! Pourquoi voudriez-vous qu’un spectateur accepte, parce qu’il vient voir une pièce à ses débuts, de voir un spectacle moins bon ? C’est un peu agaçant. De surcroît, vous savez bien que nous autres, critiques, avons tendance à venir au début… Ah lalalala ! Comme le dit Olivier Pansieri : « aidez-nous à vous aider ! », car il nous est impossible de parler d’un autre spectacle que celui que nous avons vu !

Bon, voilà qui est dit, je cesse de grogner. Qui connaît l’Afrique de l’Ouest retrouvera dans Fada rive droite tout un monde d’odeurs, de sons, de lumières. Il retrouvera cette incroyable tension entre fatalisme et légèreté, l’odeur de la poussière de terre rouge et le goût des trois thés que l’on pose à la fada. Cette fada, elle est constituée de Love Supreme, une jeune femme au passé pesant, de Lucifer poète arroseur de salades et de Dragon rouge le militant, d’un musicien et du public.

La mise en scène de Nabil el‑Hazan interagit sans cesse avec la salle, dont les sièges sont disposés sur les trois côtés du plateau. Les personnages y viennent s’asseoir pour écouter les histoires des uns et des autres. Ils y délirent aussi à coups de sarcasmes… On se souviendra du passage où les O.N.G. sont évoquées, avec distribution générale de stylos Bic à l’appui ! L’exode, les magouilles, les clandestins morts en chemin, les milices, la corruption, la guerre de l’eau, les « marabouts » (surnom donné aux pratiquants de l’Islam), les « pères Noël » (les riches blancs) : tout cela est évoqué avec une superbe délicatesse du rire.

La musique qui accompagne la fada est jouée par Dramane Dembélé, capable comme par enchantement de devenir invisible à l’œil du spectateur tandis que la musique continue. Une discrétion d’autant plus honorable que le talent est là.

L’entente de l’équipe et son plaisir de jouer ensemble est presque palpable. On sent que de véritables liens unissent les artistes et cette joie est transmise au spectateur avec toute sa puissance de vie. 

Lise Facchin


Fada rive droite, divertissement africain à trois fins, d’Arezki Mellal

Compagnie La Barraca • 1, rue des Jockos • 92330 Sceaux

01 46 61 07 04

labarraca@free.fr

www.la-barraca.net

Mise en scène : Nabil el‑Hazan

Assistant à la mise en scène : Baptiste Kubich

Avec : Jean-Baptiste Anoumon, Frédéric Kontogom, Nina Nkundwa

Scénographie : Nabil el‑Hazan

Musique sur scène : Dramane Dembélé

Gilgamesh Théâtre • 2 bis, place des Carmes • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 25 63 48

Du 8 au 30 juillet 2009 à 17 h 45, relâche le 20 juillet 2009

Durée : 1 h 15

14 € | 10 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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