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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 13:44

Une farce spatiale qui laisse sur sa faim


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


« Gzion » : « drame spatial », nous annonce-t-on. En fait de drame, c’est, comment dire… un peu de tout que nous propose le Théâtre du Lin. Au son d’une musique électro-synthétique jouée en direct sur le plateau, trois personnages en habit de spationaute débarquent au ralenti, comme en apesanteur. Où sont-ils ? « Aux confins de l’espace », dit le gai refrain entonné par la chanteuse. Vont-ils pouvoir regagner la Terre ? Telle est la question, qui va occuper pendant une heure ces trois bras cassés de l’espace.

Sur une telle trame, on peut broder mille histoires. Mais ne vous attendez pas ici à un suspense à la Apollo 13. Dans ce spectacle, le parti pris consiste à tout passer à la Moulinette de l’absurde et du comique sous toutes ses formes. En vrac : capitaine, digne descendant de Trissotin, lançant on ne peut plus sérieusement dans sa radio-plaque chauffante (si, si !) un sibyllin « Quand je me suis retourné, elle avait disparu » ; chorégraphies à la Abba ; poulet réhydraté qui ressemble fort à une Cracotte… Sans parler d’un épisode digne du Songe d’une nuit d’été : la métamorphose du sergent Ptol en ours.

C’est dire si les comédiens exploitent toutes les formes de comique de l’Univers. Le spectacle tire tour à tour sur la comédie musicale, la pantomime… Tout cela regorge de trouvailles, et les comédiens jouent la carte de l’absurde et du burlesque avec un sérieux qui sied on ne peut mieux aux situations les plus improbables. Alors, comment se fait-il que, finalement, tout ceci ne marche pas si bien ? Qu’on ne rit pas autant que tous ces effets le voudraient ? Le moteur de la fusée comique tourne à vide malgré des tentatives continues pour le réamorcer. Serait-ce la faute du texte ?

« Gzion »

Celui-ci apparaît le plus souvent comme une trame prétexte à un enchaînement de saynètes : rituel de l’entrée dans la cabine de pilotage, intermèdes musicaux ou encore scène d’amour de moins en moins symbolique et de plus en plus bruyante… Or tout cela a beau être mené tambour battant, il faudrait quand même plus de chair, plus de consistance dans ce texte et dans cette histoire pour susciter un véritable intérêt. La pièce se termine sur un ton plus noir : l’homme est un loup pour l’homme. Ou pour l’ours, on ne sait plus…

L’auteur, Hervé Blutsch, veut sans doute dénoncer sur ce mode tragi-comique l’égoïsme des hommes qui, confrontés à la question de leur survie, ne s’inquiètent que de leur propre pomme. Par exemple, les deux lieutenants, céder leur ration de vivres au capitaine ? Une bonne blague. Les personnages sont d’ailleurs les premiers à en rire, d’un rire excessif et forcé. Nous, on rit (ou pas, d’ailleurs) jaune. Mais cet enchaînement de moments de comique pour de vrai et pour de faux demeure bancal.

Par ailleurs, les moyens techniques conséquents déployés pour cette farce (fumée, projection vidéo, artillerie lourde pour la musique avec grosses consoles de mixage, etc.) masquent mal le manque d’épaisseur dramatique de l’ensemble. Cependant, les comédiens et le metteur en scène ont sans doute tiré là tout le parti qu’ils pouvaient et même plus d’un texte qui semble pour le coup d’un intérêt inversement proportionnel aux moyens déployés pour le mettre en scène. 

Céline Doukhan


Gzion, de Hervé Blutsch

Théâtre du Lin • 24, rue Saint-Leu • 80000 Amiens

Téléphone et télécopie : 03 22 80 81 89

theatredulin@aliceadsl.fr

www.theatre-du-lin.fr

Mise en scène : Harry Holtzmann

Collaboration artistique : Anne Rousseau

Avec : Frédéric Tellier, Catherine Le Goff, Guillaume Paulette

Dramaturgie : Frédéric Tellier

Musique : Christine Moreau

Lumières et régie : Benoît André

Costumes : Adélaïde Gosselin

Masque : Cécile Boivert

Administration-diffusion : Joséphine Zaméo | 06 74 50 20 43

Collège de La Salle • 1, place Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 70 01 92

Du 8 au 31 juillet 2009 à 16 h 30

Durée : 1 heure

16 € | 11 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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