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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Si Brecht m’était (dé) compté
C’est reparti ! Nous revoilà arpentant gaiement le labyrinthe du Off avignonnais à la recherche de pépites dramatiques. Celle-ci gît au-delà des remparts, boulevard Limbert, à la Fabrik Théâtre. Il s’agit de « Turandot ou le Congrès des blanchisseuses » de l’inoxydable Bertolt Brecht, dans une mise en scène survoltée de Mirabelle Rousseau. Sa troupe, le T.O.C. (Théâtre obessionnel compulsif), fait subir au prêchi-prêcha du dramaturge allemand un traitement de choc qui le décape sans le doper. La troupe a beau se démener comme une belle diablesse, cette parabole cotonneuse reste bien vieillotte.
Il était une fois un empereur de Chine qui faisait monter les cours du coton en le stockant dans ses entrepôts. Son frère Yau Tel était un parasite compliqué, sa mère une empoisonneuse (au propre comme au figuré), sa fille Turandot une nymphomane d’un genre spécial : elle ne désirait que des intellectuels. Un cas. Pendant ce temps-là, naturellement, le peuple, lui, mourait de faim. Quand il ne se prostituait pas dans les maisons de thé, il était rançonné par Gogher Gogh, bandit inculte. Ah, si seulement tous avaient pu lire Kay Ho (Mao Zedong) !
Scénographie sans surprise de loges sur les côtés avec les obligatoires penderies de costumes. Installation un rien laborieuse de pupîtres d’écoliers, qui servent de scène. On échappe heureusement aux acteurs attendant leur tour en coulisse au nom de la fastidieuse distanciation. Ici pas de temps à perdre avec ce genre de chichis. Les artistes se changent à vue, à toute vitesse, au moyen d’oripeaux approximatifs et de coiffes en papier. Ils beuglent indifféremment leurs textes et les didascalies. Tout est fait dans l’urgence, voire dans la panique. Le spectateur n’attend pas ! On a l’impression de dîner pendant un siècle dans un fast-food. L’ennui, c’est que, dans l’assiette, il n’y a pas grand-chose. Pourquoi tant de hâte ?
Excellente prestation de Grégoire Tachnakian dans le frère fourbe et un joli monologue sur l’art de la lèche, heureux rajout à cette rengaine didactique. Nicolas Cartier sauve, si j’ose dire, les meubles de son empereur niaiseux à souhait. Étienne Parc fait d’abord sa mauvaise tête, puis fort bien le gangster Gogher Goh. Coup de chapeau à Estelle Lesage, qui passe du mandarin retors au paysan le plus ignare avec aisance. La mise en scène pourrait mieux utiliser le potentiel comique et sensuel d’Émilie Paillard, qui incarne Turandot mère et fille.
Tous ces gens sont bourrés de talent. Qu’on leur donne un texte ! ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups
Turandot ou le Congrès des blanchisseuses, de Bertolt Brecht
T.O.C. (Théâtre obsessionnel compulsif)
Mise en scène : Mirabelle Rousseau
Avec : Nicolas Cartier, Matthias Girbig, Estelle Lesage, Émilie Paillard, Étienne Parc, Muriel Malguy, Mirabelle Rousseau, Grégoire Tachnakian
Dramaturgie : Muriel Malguy
Texte français : Armand Jacob
Lumière : Laïs Foulc
Scénographie : Clémence Kazémi
Coproduction T.O.C. | Théâtre Antoine-Vitez d’Aix-en-Provence, Collectif 12 de Mantes-la-Jolie
Avec le soutien de la D.M.D.T.S. et de l’A.D.A.M.I.
Fabrik’Théâtre • 32, boulevard Limbert • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 47 81
Du mercredi 8 juillet au vendredi 31 juillet 2009 à 22 heures, relâche les 14, 21, 28 juillet 2009
Durée : 2 heures
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