Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /Juil /2009 13:39

Si Brecht m’était (dé) compté

 

C’est reparti ! Nous revoilà arpentant gaiement le labyrinthe du Off avignonnais à la recherche de pépites dramatiques. Celle-ci gît au-delà des remparts, boulevard Limbert, à la Fabrik Théâtre. Il s’agit de « Turandot ou le Congrès des blanchisseuses » de l’inoxydable Bertolt Brecht, dans une mise en scène survoltée de Mirabelle Rousseau. Sa troupe, le T.O.C. (Théâtre obessionnel compulsif), fait subir au prêchi-prêcha du dramaturge allemand un traitement de choc qui le décape sans le doper. La troupe a beau se démener comme une belle diablesse, cette parabole cotonneuse reste bien vieillotte.

 

Il était une fois un empereur de Chine qui faisait monter les cours du coton en le stockant dans ses entrepôts. Son frère Yau Tel était un parasite compliqué, sa mère une empoisonneuse (au propre comme au figuré), sa fille Turandot une nymphomane d’un genre spécial : elle ne désirait que des intellectuels. Un cas. Pendant ce temps-là, naturellement, le peuple, lui, mourait de faim. Quand il ne se prostituait pas dans les maisons de thé, il était rançonné par Gogher Gogh, bandit inculte. Ah, si seulement tous avaient pu lire Kay Ho (Mao Zedong) !

 

 

Scénographie sans surprise de loges sur les côtés avec les obligatoires penderies de costumes. Installation un rien laborieuse de pupîtres d’écoliers, qui servent de scène. On échappe heureusement aux acteurs attendant leur tour en coulisse au nom de la fastidieuse distanciation. Ici pas de temps à perdre avec ce genre de chichis. Les artistes se changent à vue, à toute vitesse, au moyen d’oripeaux approximatifs et de coiffes en papier. Ils beuglent indifféremment leurs textes et les didascalies. Tout est fait dans l’urgence, voire dans la panique. Le spectateur n’attend pas ! On a l’impression de dîner pendant un siècle dans un fast-food. L’ennui, c’est que, dans l’assiette, il n’y a pas grand-chose. Pourquoi tant de hâte ?

 

Excellente prestation de Grégoire Tachnakian dans le frère fourbe et un joli monologue sur l’art de la lèche, heureux rajout à cette rengaine didactique. Nicolas Cartier sauve, si j’ose dire, les meubles de son empereur niaiseux à souhait. Étienne Parc fait d’abord sa mauvaise tête, puis fort bien le gangster Gogher Goh. Coup de chapeau à Estelle Lesage, qui passe du mandarin retors au paysan le plus ignare avec aisance. La mise en scène pourrait mieux utiliser le potentiel comique et sensuel d’Émilie Paillard, qui incarne Turandot mère et fille.

 

Tous ces gens sont bourrés de talent. Qu’on leur donne un texte ! 

 

Olivier Pansieri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Turandot ou le Congrès des blanchisseuses, de Bertolt Brecht

T.O.C. (Théâtre obsessionnel compulsif)

www.letoc.blogspot.com

Mise en scène : Mirabelle Rousseau

Avec : Nicolas Cartier, Matthias Girbig, Estelle Lesage, Émilie Paillard, Étienne Parc, Muriel Malguy, Mirabelle Rousseau, Grégoire Tachnakian

Dramaturgie : Muriel Malguy

Texte français : Armand Jacob

Lumière : Laïs Foulc

Scénographie : Clémence Kazémi

Coproduction T.O.C. | Théâtre Antoine-Vitez d’Aix-en-Provence, Collectif 12 de Mantes-la-Jolie

Avec le soutien de la D.M.D.T.S. et de l’A.D.A.M.I.

Fabrik’Théâtre • 32, boulevard Limbert • 84000 Avignon

www.fabriktheatre.fr

Réservations : 04 90 86 47 81

Du mercredi 8 juillet au vendredi 31 juillet 2009 à 22 heures, relâche les 14, 21, 28 juillet 2009

Durée : 2 heures

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche sur le site

Qui ? Quoi ? Où ?

  • Les Trois Coups
  • Les Trois Coups
  • Association
  • P.A.C.A. Vaucluse Avignon
  • Culture theatre danse spectacle Avignon
  • « Les Trois Coups » est le journal quotidien du spectacle vivant en France. Des journalistes et des correspondants de presse proposent des critiques, des annonces, des informations, des interviews, des reportages sur les spectacles.

Nous contacter

L’association Les Trois Coups

« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.

W3C

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés