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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 15:35

Les dessous d’une vie
de couple


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Au Grenier à sel, à Avignon, se joue tout le mois à 19 h 45 une comédie mordante de Hanokh Levin, « Une laborieuse entreprise », mise en scène par Pierre Sarzacq. Un couple se déchire. Sujet très commun avec des personnages a priori insignifiants. Mais ce pourrait être vous ou moi. Tout un chacun, en somme. La dispute emprunte des chemins de traverse, cherche toutes les échappatoires pour contrer la solitude de la condition humaine. Ne venez cependant pas pour pleurer ; tout cela est revigorant.

Un couple : trente ans de vie commune. L’existence a passé. C’est maintenant l’heure des comptes. Les paroles sont cruelles, assassines. Yona Popokh a trouvé la victime idéale. C’est sa femme, Léviva, devenue pour lui, au fil des ans, de la « viande avariée » et un cul tout fripé. Pour sortir de l’impasse et de l’angoisse de sa petitesse, de ses espoirs déçus, il suffit de charger Léviva de toutes ses incapacités. « J’avais le monde à portée de main. Comment s’est-il défait, dissout entre mes doigts ? » Comment échapper à la conscience aiguë de l’inutilité de sa vie ? Une bonne solution : s’en prendre à Léviva, celle qui cherche à préserver le bonheur quotidien, quoi qu’il lui en coûte. Exaspérante épouse qui n’a pas d’idéal ! Yona excelle dans la brutalité et l’humiliation de celle qu’il veut quitter. Mais tout cela est drôle, caustique, cynique. Et terriblement juste.

« Une laborieuse entreprise »

En tout cas, le remède est bien trouvé : une décharge d’insultes et de mauvaise foi, qui les laisse éveillés à deux heures du matin. Tant et si bien que le voisin Gounkel ne se gêne pas pour faire une petite incursion et quémander, à cette heure indue, une aspirine. Non ! Il s’agit, en réalité, d’entrer un moment dans la vie du couple qui se déchire et s’entre-dévore pour venir vérifier que ce n’est pas bien beau chez les autres. À chacun sa solitude et son effroi devant la mort à venir et les années à tenir. Voilà bien, au moins, un argument passager qui réveille un instant l’amour de nos deux carnassiers. Yona, finalement, s’en sort bien (je vous laisse découvrir comment). Enfin apaisé. Et Léviva imagine ce qu’aurait pu être leur vie. Tous deux vieux mais ensemble. Elle, sourde ; lui, avec des problème d’urètre. « Ça dégouline sur mes chaussures », dit Yona dans la vie rêvée. Yona, c’est ça. Beaucoup d’aspirations et des vélléités.

Pour mettre en scène le combat, rien de mieux qu’une chambre-ring, ouverte aux quatre vents afin que les spectateurs puissent se délecter, de tous côtés, de cette lutte acharnée. Au centre, une couette noire moelleuse à motifs brodés, évoque le lit : celui des rêves interdits, des ébats ratés et des pleurs abondants. En contrebas de l’espace de combat, attend, longtemps, sans bouger, sans rien faire, Gounkel, le solitaire. À ses côtés, une colonne surmontée d’un bocal avec un poisson rouge. La vie, dans ce lieu clos, est, pour lui, sans souci. Que les humains sont donc compliqués !

L’écriture de Hanokh Levin sait renverser le pathétique de nos existences étroites en véritables moments burlesques. Et l’on se reconnaît dans le piètre tableau des désirs sans suite, des lâchetés cruelles et des soubresauts qui tentent de donner un sens à tout ce fatras de vie. Les comédiens, Pierre Sarzacq, dans le rôle de Yona, et Hélène Raimbault, dans celui de Léviva, prennent un plaisir réel à laisser voir les tréfonds du ridicule désarroi de l’âme humaine. Et Gounkel, le voisin, joué par Didier Bardoux, n’en est pas moins, par son bref passage, la figure incarnée de l’importun. Pour accompagner les excès et les envolées lyriques mais grinçantes de l’affrontement, il y a Denis Monjanel à la scie musicale. C’est beau, quelquefois, le son d’un instrument qui tranche. 

Fatima Miloudi


Une laborieuse entreprise, de Hanokh Levin

Compagnie N.B.A.

Mise en scène : Pierre Sarzacq

Avec : Didier Bardoux, Hélène Raimbault, Pierre Sarzacq et Denis Monjanel (création musicale)

Scénographie : Cyrille Guillochon, Béatrice Laisné

Production : Compagnie N.B.A. spectacles

Coproduction : Théâtre Épidaure-scène conventionnée de Bouloire

Le Grenier à sel • 2, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 09 11

Du 8 au 31 juillet 2009 à 19 h 45, relâche lundi 20 juillet 2009

Durée : 1 h 15

13 € | 9 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Philippe Caron 26/07/2009 14:03

J'ai apprécié cette pièce, mais il me semble que le parti pris de mise en scène gâche un peu le texte. Pour une fois, j'ai l'impression que la pièce gagnerait à être jouée de façon plus classique. Le choix de ce grand lit pour scène engonce le jeu, les mouvements des comédiens, empêche l'attirance et la répulsion exprimés dans le texte, qui demandent à être mieux exprimés sur l'espace scénique.

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