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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 03:02

Lourd d’émotions


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Il est seul dans son appartement de banlieue en bord de Seine. Très bel homme, il prend des clichés de son corps nu, qu’il affiche sur Internet. Par ailleurs, il se raconte en cherchant à se comprendre lui-même : biopsie in vivo d’une sensibilité à fleur de nerfs. Une pudeur surprenante.

Comptable, trentenaire et célibataire. Déchiré entre la persuasion d’être incapable d’aimer et un besoin de tendresse viscéral. C’est après la mort de sa mère qu’il a ouvert sur le Net une galerie où il offre son corps à la concupiscence du tout venant. Il reste néanmoins persuadé qu’il est le maître du jeu, qu’il « tient par les couilles » ceux qui viennent décharger leur perversion sur les pages de son site. Son appartement est presque vide pour donner à ses clichés le plus neutralité possible. Le matériel photographique en constitue l’ameublement principal.

C’est le soir de sa dernière photo. À qui s’adresse-t-il ? À Dieu ? À lui-même ? Aux spectateurs de sa nudité ? Quelle importance au fond ? La solitude qui l’assaille est le piège dans lequel il se débat, luttant de toutes ses forces pour tenter de retisser le fil de sa propre cohérence. Il aimerait hurler « Je suis ! », mais la voix se casse… « Je suis qui, au fait, à l’intérieur de tout ça ? De tout mon bordel de vie ? » est le conflit qui l’oppresse dans l’intimité de sa chambre.

© Christopher Lidon

Le texte, première expérience dramatique de Michael Stampe, est précis, fin, parfois violent. Malgré une certaine maladresse, notamment en ce qui concerne la manière avec laquelle la scène finale est amenée, il aborde avec une intelligence rare les thématiques de l’homosexualité, du rapport au corps et à l’amour. Tant de tensions qui viennent constituer la complexité du personnage, profond et touchant.

L’énergie et la sincérité de Jérôme Pradon ont fini par m’emmener loin, au travers d’émotions enfouies et profondes. Le spectacle vient déterrer des petites boules que l’on avait oubliées, mais qui somnolaient, ne demandant qu’à jaillir. Sur une mise en scène peut-être un peu gesticulante viennent se greffer les lumières audacieuses de Marie-Hélène Pinon (molière 2009). Elles ne se contentent pas d’éclairer la scène, mais comptent pour beaucoup dans la composition de l’ambiance sur le plateau.

En ce qui concerne la scénographie et les décors, Catherine Bluval montre qu’elle n’a pas volé son molière. Un sommier à ressorts couvert d’un drap, une fenêtre embuée où jouent les halos des réverbères de la rue, un poste à musique… La construction d’une intimité étonnamment juste. 

Lise Facchin


F-X, de Michael Stampe

Mise en scène : Christophe Lidon

Assistante à la mise en scène : Laurence Kevorkian

Avec : Jerôme Pradon

Décors : Catherine Bluval

Lumières : Marie-Hélène Pinon

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 40 57

Du 7 au 29 juillet 2009 à 22 heures

Durée : 1 h 30

20 € | 14 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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