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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Humour bling-bling et provoc toc
Alex Pandev, à travers un personnage à la « Sex and the City » dopé au vitriol, se pose l’air de ne pas y toucher une question existentielle audacieuse : une « fashion victim » sexy et riche est-elle vraiment heureuse ? Placée sous le signe du « politiquement incorrect », sa comédie déroule une série de clichés et se révèle plus bling-bling que réellement provocatrice. Dommage, car elle y déploie un indéniable talent d’actrice.
L’argument du Cri de la fourrure tient en quelques mots : une femme habituée aux hautes sphères et aux
grandes marques échoue dans une boîte de nuit miteuse et désertée. Cette solitude inattendue sera pour elle l’occasion, moyennant quelques litres de bloody mary et quelques grammes de cocaïne,
de faire un retour sur son existence d’oisive fortunée.
Notre aguichante créature évoque donc, dans une langue truffée d’anglicismes aussi crue qu’imagée, les aventures naissantes qu’elle provoque, mais qui tournent assez vite au vinaigre. Inutile de préciser qu’elle fait alors preuve d’une incapacité congénitale à se remettre en cause. Mais ce ressort est facile, et un peu trop lourdement exploité. Puis, évoquant ses passions artistiques (car la dame est artiste, avec plus d’une corde à sa lyre), elle se livre à une démonstration de danse africaine qui tourne en ridicule de manière efficace le vernis « ethnique » et « tiers-mondiste » d’un certain type de snobisme. On croit que cela décolle enfin. Hélas ! La suite, dont je ne dévoilerai pas le détail, retombe dans les ornières de l’attendu.
La mise en scène, dont la note d’intention laissait présager qu’elle serait un feu d’artifice de couleurs et d’énergie, ne m’a pas plus convaincu. En fait de couleurs, quelques meubles d’un designer hyperboliquement vanté par le dossier de presse, qui m’ont semblé cependant d’une extrême banalité. Tout le reste de la scène est noir. Et, en fait d’énergie, quelques pas de danse, et des déplacements plutôt lents. Rien d’extraordinaire à se mettre sous la dent.
On pourra la juger très dure, cette dent. Le fait est que j’ai été très peu sensible aux heurs et malheurs de ce personnage. Est-ce dû à un (coupable ?) manque d’empathie pour cette femme ? Est-ce dû au fait que je ne connaissais pas le modèle vivant de la caricature que je voyais sur scène ? Dans ce dernier cas, j’aurais pu avoir immédiatement le recul nécessaire pour accéder au second degré. Cette idée impliquerait alors qu’il vaut mieux connaître une personne de ce genre pour goûter tout le sel de cette pièce…
Je pense avoir été agacé par le caractère « politiquement incorrect » revendiqué par cette comédie. Car, sur le fond, qu’a-t-elle précisément de « politiquement incorrect » ? Qu’y a-t-il de provocateur à parler crûment de cul (presque tout le monde le fait) ou à mettre en scène du cynisme (itou) ? Loin de prendre le contre-pied des tendances actuelles, elle ne fait qu’abonder dans leur sens – jusques et y compris dans la rhétorique qui consiste à dire qu’elle ne les suit pas. L’humour qui y est déployé n’a rien de réellement dérangeant. Il est, en réalité, tout ce qu’il y a plus de consensuel.
Si, néanmoins, ce spectacle un peu toc ne sonne pas complètement creux, il le doit à la prestation d’Alex Pandev. Elle incarne son personnage avec densité et talent. Qu’elle danse, qu’elle chante, qu’elle se déhanche, qu’elle fasse mine de fumer une cigarette ou de rouler des yeux, nous avons toujours devant nous cet hybride de jet-setteuse et de snob parisienne sans qu’aucune fêlure ne se discerne derrière son masque. Sa prestation est, de ce point de vue, véritablement impressionnante. Et elle sait, dans les moments où elle prend (brièvement) conscience de sa situation, faire jaillir des étincelles d’émotion et d’humanité. Si cette fibre-là avait été plus exploitée, il est probable que mon jugement aurait été différent. ¶
Vincent Morch
Les Trois Coups
Le Cri de la fourrure, d’Alex Pandev
Mise en scène : Agathe Bergman
Avec : Alex Pandev
Musique : Minino Garaÿ
Mobilier : Christophe Pillet
Zik designer : Mary-Noëlle Dana
Chorégraphie : Clémence Bollet
Costume : Catherine Boisseau-Martinez
Comédie de Paris • 42, rue Pierre-Fontaine • 75009 Paris
Réservations : 01 42 81 00 11
Du 2 juillet au 3 octobre 2009 inclus, du mardi au samedi à 21 h 30
Durée : 1 h 20
28 € | 18 € | 15 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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