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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Rire noir et poésie blanche
« Nuit blanche chez Francis » au Lucernaire, spectacle-hommage au fantaisiste Francis Blanche, est à l’image de son œuvre protéiforme. Comédien, chansonnier, parolier, fabuliste, dialoguiste, créateur boulimique au cinéma, à la radio, à la télévision, pour la scène… Waouh ! Sa vie consacrée au rire et aux mots sous toutes leurs formes et par tous les médias ! Il est le père du canular téléphonique, autant dire le modèle de beaucoup de nos humoristes contemporains. Cet homme était un fou et n’était pas le seul. Souvent accompagné de son compère Pierre Dac, ils formèrent le duo incontournable de la radio dans les feuilletons « Faites chauffer la colle », « Malheur aux barbus » ou « Signé Furax ».
Je suis allée à la découverte de cet artiste que je connaissais peu, étant née après sa mort, et je dois dire que ce spectacle me l’a fait découvrir et aimé. Ses jeux de mots et ses
calembours restent impérissables : « Si vous ne vous sentez pas bien, faites-vous sentir par un autre ». Et ses textes profonds résonnent dans nos inquiétudes modernes : sa
chanson l’Âge de raison, par exemple, est malheureusement très actuelle.
Les quatre comédiens-musiciens-chanteurs servent un cocktail réjouissant des textes de l’humoriste, qui nous a quittés il y a trente-cinq ans. Du détournement de La Fontaine avec le Robot et le Cornard aux sketchs radiophoniques comme l’Accordeur de participes, en passant par quelques-unes de ses chansons truculentes comme la Fille du gangster ou l’hymne du Parti d’en rire sur le Bolero de Ravel.
Quant à la scénographie, elle est sobre : 1 piano, 5 chaises d’enfant et quelques changements de costumes et accessoires pour figurer des personnages bien campés. Les idées de mise en scène sont simples et efficaces. Ça a le mérite d’être épuré. Pour un spectacle qui se suffit par les mots de son auteur, il ne fallait d’ailleurs pas tout un tas d’effets superflus, mais surtout de la pertinence d’interprétation.
À cet égard, la distribution ne jouit pas d’une homogénéité parfaite. Les comédiens ne sont pas tous chanteurs, ça s’entend et ce n’est pas grave, mais certains d’entre eux semblent être moins bons comédiens que d’autres. Et, là, le déséquilibre ne pardonne pas, surtout avec le comique.
Par ailleurs, certaines saynètes sont bien amenées mais manquent de bouffonnerie. Et, quand le texte se suffit à lui-même comme dans les fables, le ton manque la justesse. Ah, les alexandrins ! Objet de torture des comédiens et non pas des spectateurs ! Ici, les vers paraissent trop « récités ».
Alors, quand Alain Dumas, un des comédiens les plus vifs, se montre soudain, mes oreilles et mes yeux se mettent à frétiller tant il est l’un des rares parmi ses comparses à donner ce que réclame la comédie et le clownesque.
Quand au public, je regrette qu’il ne soit pas un peu plus jeune. Francis Blanche est en effet encore d’actualité, ses textes sont piquants et relèvent certainement le niveau de l’humour actuel. ¶
Atika Belhachmi
Les Trois Coups
Nuit blanche chez Francis, de Francis Blanche
La Belle Équipe
Mise en scène collective de La Belle Équipe
Avec : Jean-Baptiste Artigas, Guillaume Destrem, Alain Dumas, Didier Le Gouic
Collaboration artistique : Chris Cody, Stéphanie Lanier, Dominique Plaideau
Graphisme affiche : Jacques Regimbeau
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-champs • 75006 Paris
Réservation : 01 42 22 26 50
Du 27 mai au 1er août 2009, du mardi au samedi à 20 heures
30 € | 20 € | 15 € | 10 €
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