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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 16:44

La beauté de l’éphémère


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Directeur artistique du centre chorégraphique d’Istres depuis 2008, Emanuel Gat, lauréat en 2006 du Bessie Awards, a proposé au Corum de Montpellier « Variations d’hiver », sa dernière création. Entre l’American Dance Festival et le Lincoln Center Festival, il fait une halte et offre en compagnie de Roy Assaf une heure de poésie et de pur enchantement.

Il n’y a là, au regard de nombreux spectacles de danse, rien de narratif où se raccrocher pour tenter de comprendre où va le geste et ce qu’il signifie. C’est que justement celui-ci se suffit à lui-même et qu’il est à la fois origine, chemin et aboutissement. Du mouvement, uniquement du mouvement. Et on se laisse totalement prendre au charme, à la fluidité et à l’énergique douceur des deux corps qui se déplacent et s’enchevêtrent. Quelquefois à l’unisson ou en miroir, mais souvent légèrement décalés, les danseurs savent jouer du geste et du repos, du déplacement et de l’arrêt, de l’entremêlement et de l’écart. Tantôt hypnotique dans la sinuosité de la rencontre des corps, tantôt suscitant un regard étonné devant un mouvement neuf, le duo est virtuose et imaginatif.

J’ai tout aimé et particulièrement ces instants : le port d’un danseur à l’avant du corps et l’impression, à les voir avancer vers le fond de la scène, que celui qui portait semblait être la charge. Inversion étonnante, comme ces figures d’Escher qui laissent voir un aspect et convoquent dans le même temps son double. J’ai aimé encore le parcours de la scène sur les genoux, les bras aidant à l’avancée. À force de regarder les danseurs arpenter le plateau, ils semblaient perdre une partie de leur corps et se réduire en taille.

« Variations d’hiver » | © Mia Alon

Ce qui est étrangement attirant et envoûtant aussi, c’est la présence des mains : mains qui effleurent le corps de l’autre, mais aussi mains qui rencontrent leur propre corps. Elles guident ; elles passent. Sur le crâne, la nuque, le menton… et touchent à peine ou pas. Le regard est subjugué par ce déplacement. La sensation de quelque chose d’imperceptible passe là : la beauté de l’éphémère. La formation de chef d’orchestre d’Emanuel Gat et la danse des mains qu’elle enseigne aurait-elle une part ici ? En tout cas, tout geste, même la frappe vigoureuse des bras sur les cous, est habité par une douce fluidité, jusqu’à ce mouvement de bascule sur le ventre qui fait avancer le danseur sur la scène et qui clôt l’œuvre.

Dans le Kansas City Star, la critique écrivait : « If you want to see the future of dance, take a long look at Emanuel Gat ». Il est de fait que le chorégraphe israélien et Roy Assaf, celui qui l’accompagne dans ce duo emprunt d’une belle intimité, ont fasciné le spectateur. Il ne reste qu’un désir : celui de regarder à nouveau. 

Fatima Miloudi


Variations d’hiver, d’Emanuel Gat

Chorégraphie et lumière : Emanuel Gat

Création et interprétation : Roy Assaf, Emanuel Gat

Musique : Richard Strauss, Im Abendrot ; Rial Al Sunbati, Awedt eyni et Oud and Voice ; Franz Schubert, Die Krähe ; The Beatles, A Day in a Life

Répétitrice : Noémie Perlov

Directeur technique : Samson Milcent

Organisation des tournées : DLB Spectacles | Didier Le Besque

Production : Emanuel Gat Dance

Coproduction : Festival Montpellier danse 2009, American Dance Festival, Lincoln Center Festival, De Singel (Anvers), en collaboration avec la régie culturelle Scènes et Cinés Ouest Provence

Opéra Berlioz • Le Corum • esplanade Charles-de-Gaulle • 34000 Montpellier

Réservations : 08 00 60 07 40

Mardi 30 juin 2009 à 20 heures

Durée : 1 heure

De 8 € à 30 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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