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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Humour en dentelles fait rire en touches
« La vie va où ?… » : sur l’affiche, un funambule avance en équilibre vers les mots du titre. Il ressemble à Michèle Guigon, qui précise délicatement le fil de ses questions dans ce spectacle existentiel. Aidée de ses fidèles amies de la Compagnie du P’tit-Matin, elle se ré-aventure seule en scène, en haut, tout en haut du théâtre magique Le Lucernaire. Elle parle « de la vie, donc de la mort, de la vieillesse, de la maladie… », là, au paradis, où l’on rit avec les hommes en souriant aux anges.
Avec des mots tout personnels, Michèle Guigon transmet les réflexions qui ont grandi dans sa propre terre d’expérience
pour finalement toucher (dans tous les sens du terme) l’universel. Je suis dans le TGV et je pense à elle, qui déteste le prendre parce qu’on ne peut pas regarder défiler les arbres les plus
proches sans avoir l’impression de se prendre des coups de poing dans les yeux. C’est vrai. Et puis pourquoi vouloir aller toujours plus vite, « comme si aller simplement
ne méritait pas d’être vécu ». Sa traversée de la vie est semée d’interrogations aussi naïves que profondes, parce qu’elle a décidé de voyager dans la vie au lieu de se demander seulement
ce que c’est. Pas question, à force de s’en poser, de se rendre compte que la vie « c’est ce qui vient de passer ».
Elle est acharnée de vie et, en toute cohérence, elle ne va pas se battre contre sa chair… La vie n’est évidemment pas une lutte. Mais une histoire, d’envie et d’engagement avec soi-même. Rien de combatif au sens de sanguinaire ou d’héroïque. Atteinte d’un cancer, refuser « toute complicité avec la maladie » paraît digne et vital. D’ailleurs, elle reste assez perplexe quant au fait de ne pas aimer prononcer ces mots : cancer, mort, comme si on avait peur de les attraper. Alors qu’on ose dire château sans être certain pour autant d’en obtenir un… à l’appel de la télévision et de ses « chaînes » à double-sens… Elle ne n’en a pas eu pour pourtant l’impression d’être sacrifiée. Et, en plus, elle s’en est sortie ! Incroyable ! Parce que c’est une vivante, point. Dotée d’intelligence, comme tout le monde, point… À bon entendeur… bon lecteur… Clin d’œil aux spectateurs, fin comme un battement de cils.
Son humour, son regard sont sa distance à ce qui pourrait être une lourdeur de la vie. Son accordéon est encore un autre allié, capable de surprendre cette femme en révélant les mélodies qu’elle porte en elle comme par inadvertance. L’accordéon en héritage paternel, « un instrument qui se porte sur le cœur, mon souffle au cœur ». Cet objet et ses sons chauds lui vont bien. Elle a un air de marionnette tout en angles et en souplesse, à la fois porteuse d’une personnalité marquée et disponible aux sensations les plus variées.
Le spectacle est grave mais sonne léger, à moins que ça ne soit l’inverse… Tout dépend de l’angle de vue. Il est drôle en tout cas, et tendre sans être sirupeux. Dix minutes de moins l’auraient laissé encore plus appétissant, le goût conservé aurait été plus insaisissable, et nous plus insatiables… Jamais contents ! ¶
Claire Néel
Les Trois Coups
La Vie va où ?…, de Michèle Guigon
Compagnie du P’tit-Matin
Coécriture et mise en scène : Susy Firth
Collaboration artistique : Anne Artigau
Avec : Michèle Guigon
Lumières : Marie Vincent
Coproduction Espace 1789 Saint-Ouen et Cie du P’tit-Matin
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Du 24 juin au 29 août 2009, du mardi au samedi à 19 heures
Durée : 1 h 20
22 € | 15 €
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