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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 16:56

Le sourire de Michèle Guigon


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


« La vie va où ? » : sous une forme enfantine, une interrogation essentielle. Titre admirable, qui dit tout. Michèle Guigon met en scène sa vie, en mêlant avec art l’émotion et le rire, pour livrer au public la sagesse qu’elle en a retirée. Tout à la fois lucide, courageux et drôle, ce spectacle fait réfléchir tout en divertissant. Un tour de force souriant. Une rencontre bouleversante.

Il y a sans doute autant de manières d’aborder l’activité de critique qu’il y a de critiques mêmes. Pour ma part, j’aime bien aller voir les spectacles « en aveugle », en en sachant le moins possible sur ce qui m’attend. Outre qu’elle m’aide à avoir l’esprit neutre, cette posture m’offre un immense avantage : je puis encore être pris par surprise.

Je dois avouer que je ne savais rien de Michèle Guigon, et que bien que La vie va où ? ait été créée en avril 2008, je n’en savais pas plus sur cette pièce. Heureuse faute ! Cette lacune m’a permis de passer plus qu’un très bon moment de théâtre : une belle rencontre, avec un bel être humain.

Michèle Guigon, en effet, dans un style très personnel, fait de naïveté enfantine et d’interrogations graves, nous livre les fruits de sa confrontation avec le cancer du sein. Avec courage, avec pudeur – et avec un humour étonnant –, elle met le spectateur face à cette réalité que souvent il passe son temps à fuir : il est mortel, et sa vie passe vite.

Pourtant, rien de morbide dans ce spectacle… Michèle Guigon rayonne de vie, et ne se départit jamais d’un regard malicieux et bon. Son texte, drôle, poétique, fait mouche à tout coup… On rit de bon cœur, on se surprend à rêver à ses jeux de mots… Et puis l’émotion surgit, brutalement, puissamment, quand elle revient, presque l’air de ne pas y toucher, sur les épreuves qu’elle a endurées…

Et que dire, que dire, de cette petite chanson en apparence anodine qu’elle a composée sur son père ? Nous sommes à sa place, dans son petit corps de fillette, et nous regardons par ses yeux cet homme qu’elle appelle papa lire, jouer, embrasser sa mère… Et il nous semble alors retrouver les sensations de notre propre enfance, quand notre père était un géant… Je crois n’avoir jamais été si touché depuis que j’écris aux Trois Coups.

Alors, une question se pose, inévitable : La vie va où ? est-elle une pièce de théâtre ? Est-elle même un spectacle ? N’est-elle pas plutôt une confession, ou un témoignage ? Non, ces mots ne conviennent pas tout à fait. Car Michèle Guigon ne se contente pas de nous faire un récit de sa maladie. Elle l’évoque, c’est vrai, mais pour l’intégrer dans un ensemble plus vaste, qui est la quête d’une existence vécue au superlatif… De sa traversée de l’enfer, elle a rapporté un amour de la vie intégral, qui englobe la vieillesse, la maladie et la mort. De sa traversée de l’enfer, elle a rapporté une sagesse. Et elle a la générosité de nous la partager.

Certes, on pourrait reprocher à cette leçon d’être somme toute banale, on pourrait ressentir de la gêne à son caractère gentiment « moral ». Mais on se souvient aussi dans quels feux elle a été forgée, et l’on admire la sincérité de cette femme. Car le plus difficile, dans l’affaire, ce n’est pas de parler de cette sagesse, mais de la vivre. Et cette sagesse, selon toute évidence, Michèle GuiGon l’incarne. Tant d’artifices clinquants enrobent aujourd’hui trivialité et vulgarité que cela m’a fait du bien d’entendre cette expérience humaine si forte, relatée en des termes si simples.

La vie va où ?, sous ses petits airs de spectacle mignon, est donc une sorte d’ovni, aux confins de la philosophie et du théâtre, de la confession et du spectacle musical. Cela touche, cela remue. Cela vaut le coup. 

Vincent Morch


La vie va où ?, de Michèle Guigon

Coécriture et mise en scène : Susy Firth

Avec : Michèle Guigon

Collaboration artistique : Anne Artigau

Lumières : Marie Vincent

Coproduit par l’Espace 1789-Saint-Ouen et la Cie du P’tit-Matin

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 24 juin au 29 août 2009 à 19 heures, dimanche à 17 heures, relâche les dimanche et lundi

Durée : 1 h 20

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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