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17 juillet 2006 1 17 /07 /juillet /2006 23:22

Éloge de la différence

 

« Rictus, manifeste pour un État clownocratique », est une fable politique pleine de poésie présentée par la compagnie de l’Autre-Part. Effrayant et enchantant.

 

Sourire. Rire. Remplir nos poumons d’air et rire. De façon mécanique. Ha ha ha ! Parce que nous sommes un groupe. Dormir ensemble, manger ensemble, prier ensemble. Parce que nous sommes nous. Nous appartenons à la masse indifférenciée. Et quiconque commettrait un écart serait immédiatement identifié comme l’ennemi. « Elle » le fait. « Elle » affirme sa différence. « Elle », pronom singulier pour une personne singulière, dans un univers totalitaire dont la pluralité est exclue.


Rictus, fable politique et poétique écrite par Élie Briceno, est la dernière création de la compagnie de l’Autre-Part. Cette équipe a la particularité d’être composée de onze comédiens professionnels, dont huit sont dits « déficients mentaux ». J’avoue être allée découvrir ce travail avec certains a priori. Et j’en suis ressortie étonnée, émue et convaincue de la pertinence de cette démarche.


Grégoire Couette, metteur en scène, se nourrit en effet de ce que ces comédiens apportent sur le plateau, tout en leur imposant une grande rigueur dans le travail. La direction d’acteur est de ce fait d’une précision et d’une justesse remarquables. Évoluant en chœur dans un espace évoquant à la fois les Temps modernes de Chaplin et le graphisme d’Enki Bilal, les comédiens font exister, au-delà des frontières ténues de la scène, un univers effrayant qui me parle du monde dans lequel je vis et qui me rappelle à notre histoire. Rien de malsain ni de facile, donc, dans ce travail avec des handicapés mentaux. Les comédiens me font passer quelque chose d’authentique. Je n’oublie pas leur identité, mais je découvre leur richesse.


Éloge d’une différence constitutive de l’humanité, Rictus s’achève sur la rébellion et nous livre finalement l’image bouleversante d’une humanité faite de haine et d’amour, de combats, de victoires et de rêves. Et cela me parle de façon intime.


Ce Manifeste pour un État clownocratique doit aussi beaucoup au travail chorégraphique d’Annie Bulle et à la musique d’Alain Jamot, qui rythment la pièce d’un bout à l’autre et donnent naissance à des images pleines de fantaisie et de cruauté. Une farce ? Oui, mais une farce noire et cynique dans laquelle le non-sens prend le pouvoir et réduit les individus à l’étrangeté d’une condition absurde. Les créations lumière très pertinentes de Didier Henry renforcent cette étrangeté dans laquelle le sujet se noie.


Rictus, en jouant sur les cordes de notre sensiblité, nous parle finalement de nous-mêmes, et nous invite par là à la réflexion. Sur nous et sur nos semblables, qui ne sont jamais réellement nos semblables. Un spectacle qui s’impose par sa finesse et sa cohérence. À découvrir, sans a priori


Émilie Démoutiez

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Rictus, manifeste pour un État clownocratique, d’Élie Briceno

Compagnie de l’Autre-Part • 34 rue de la Libération • BP 185 • 25300 Pontarliers cedex

Tél : 03 81 46 22 41

compagnie.autrepart@wanadoo.fr

Mise en scène : Grégoire Couette

Avec : Élise Carrion, Corinne Castiço, Ludivine Chassard, Gilles Fourdachon, Évelyne Guyon, Virgille Jacquot, Thierry Letoublon, Martine Notaro, Yvette Pagnier, Samuel Pellegrini, Gérard Valette

Musiques : Alain Jamot

Costumes : carrosserie Mesnier

Dessins : Jérémie Périn

Chorégraphies : Annie Bulle

Scénographie : David Teysseyre

Lumières : Didier Henry

Tous les jours à 16 h 15, relâche les lundis

Théâtre la Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon

Tél : 04 90 86 96 28

Tarif normal :15 euros. Tarif pro : 10 euros pour deux.

Tarif off : 10 euros

Durée : 1 h 5

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

elvire parron 26/07/2006 10:29

écrire de telles platitudes sur une pièce de cette portée est honteux ! et vous vous prétendez journalistes ??? On trouve décidemment sur le net le meilleur et malheureusement aussi le pire.

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