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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 00:28

Poésie festive


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Pour beaucoup, le slam est le parent pauvre de la poésie. Pour d’autres, c’est sa petite fille riche. Ceux-là étaient réunis toute cette semaine à Bobigny pour le sixième Grand Slam 2009. Une véritable fête à en croire l’ambiance « campus » aux abords de la salle Pablo-Neruda. Sous le soleil, de jeunes performeurs grattent leur guitare et s’échauffent la voix avant la finale. Trois minutes pour défendre leurs textes et toucher le jury. C’est réussi.

Des tubes de néon roses courent sur le sol. Un D.J. plante l’ambiance à coup de sons percutants. Au centre de la scène, un micro sur pied semble avoir pris racine dans un petit tapis persan. L’ambiance est électrique. Avec sa couronne de tresses, la slammistress K’trin-D anime cette finale avec une belle énergie. Elle rappelle les règles : les poèmes ne doivent pas excéder trois minutes sous peine de pénalité, l’utilisation de musique, d’accessoires ou de décor est strictement interdite. Le jury est composé de cinq volontaires du public, qui notent les performances à l’aide de petite pancartes dans la plus pure tradition « école des fans ».

Première pépite : l’Américain Joaquin Zihuatanejo ouvre le bal. Hors compétition, évidemment, puisque cette finale-là est nationale. Le champion du monde commence par un poème où se mêlent anglais et langue des signes dans une rare intensité. Il cite Jon, un de ses élèves sourd-muet : « I restore antique radios, I like the way static feels in my Palms * ». Il dévore l’espace de sa présence et nous assomme par la force de cette danse signifiante. Dans son dos, la traduction défile sur un écran géant. Le jury est conquis, et brandit des dix.

Difficile de passer après. Mais les slammeurs de l’Hexagone relèvent le défi. Le ton n’est pas le même. Les textes se veulent plus narratifs, et les auteurs se racontent toujours à grand renfort d’humour comme s’ils voulaient s’excuser de faire de la poésie. On pourrait regretter une certaine tendance aux jeux de mots faciles ou au débit syncopé. Mais nos résistances tombent tout à fait face à l’énergie et au talent de ces finalistes. On retiendra évidemment la prestation toute gutturale de Lunik en associé du diable, les envolées frénétiques de Yas, les brillantes roublardises du « sex-agénaire » Victor Zarca et les récits clownesques du nouveau champion de France, LaurentEtienne.com.

Autre jolie surprise : le poète tanzanien Mpoto Mrisho, venu à Bobigny pour la Coupe du monde, est invité sur scène en préambule de la finale nationale par équipe. Les yeux plongés dans son auditoire, il harangue le public et parvient même à lui faire chanter un petit refrain en swahili. Chauffées à blanc, les équipes d’Épernay, de l’île de la Réunion, de Paris et de Cergy se succèdent au micro pour rafler le dernier trophée de ces festivités. À un poil de cheveu, c’est Culture rapide (Paris) qui l’emporte, sous les tapements de pieds extatiques des supporters disséminés dans la salle. On se croirait presque dans un stade. Et c’est précisément ça, la magie du slam, cette force, cette énergie. Quand tout à coup un petit texte de poésie prend vie. 

Ingrid Gasparini


* « Je restaure les vieilles radios, j’aime sentir l’électricité statique dans mes paumes. »


Le 6e Grand Slam national, finales inviduelle et par équipe

Animé par : K’trin-D et Pilote le Hot

Salle Pablo-Neruda, hôtel de ville • 31, avenue du Président-Salvador-Allende • 93000 Bobigny

www.ffdsp.com

Du 16 au 21 juin 2009

5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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