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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 13:05

Pas d’amour sans remords ?


Par Anne Losq

Les Trois Coups.com


S’il était possible de finir une histoire d’amour sans laisser de traces… Partir sans jamais se retourner. Claquer la porte. Refaire sa vie, comme si de rien n’était. Mais les vieux fantômes reviennent, à un moment ou un autre,  nous hanter de plus belle. Dans la vaste demeure qui abritait auparavant un trio d’amoureux, il ne reste plus que Pierre, qui fait presque partie des murs. Quand Paul et Hélène reviennent réclamer leur dû, le passé entre dans le présent par la porte d’entrée. Jean-Luc Lagarce les fait danser, les rappels du passé. Le ballet d’ego, de silences et de non-dits peut commencer, servi par une belle équipe de comédiens bien dirigés.

Précisons que cette représentation de Derniers remords avant l’oubli se fait dans le cadre du concours des jeunes metteurs en scène organisé tous les ans par le Théâtre 13. Des membres du jury se mêlent au public. Représentants de la D.R.A.C., de la mairie de Paris ou programmateurs de théâtres, ils sont là pour juger la mise en scène de Julie Deliquet. Celle-ci est d’ailleurs présentée, dans le programme, comme une « candidate ». L’atmosphère, tout en restant conviviale, se révèle donc être un peu particulière. Il y a de la compétition dans l’air.

Mais inutile de s’inquiéter, la candidate Deliquet s’en sort – à mon humble avis – fort honorablement. Elle mise sur le talent de ses comédiens pour révéler l’écriture de Lagarce. On sent que toute l’équipe artistique a fait l’effort de fouiller cette écriture faite de fragments et d’échappées. Néanmoins, nous sommes loin de l’idée de vénérer le texte sans l’interroger, et parfois, un peu, le meurtrir. Les mots sont incarnés, et les personnages ressentis. La langue est bousculée, superposée. Les comédiens imposent leur rythme. Ils instaurent une cadence qui permet au public de s’identifier aux situations représentées. La vie s’immisce sur le plateau. Comment ne pas reconnaître dans la mauvaise foi des personnages, dans leurs petites lâchetés quotidiennes, des traces de nos propres comportements envers ceux qu’on aime ou qu’on a aimé ?

L’espace est intelligemment utilisé puisque les déplacements des personnages reflètent leur état d’esprit, leur gêne d’être là et de ne pas pouvoir partir. Il faut auparavant résoudre le problème de la vente de la maison, vestige d’un passé embarrassant. Cette maison qui n’a rien de réconfortant, puisqu’elle est vide et froide. Le seul meuble qui reste est un petit lit de fer avec quelques bouquins qui traînent. Une table, fabriquée avec des tréteaux et une vielle porte, et des chaises hétéroclites sont récupérées pour un dîner improvisé. Rien n’incite à rester, ou à recréer des liens qui existaient. Tout appelle à partir et ne plus se retourner.

Les personnages secondaires, exclus du trio originel – on pourrait les appeler familièrement les « pièces rapportées », la femme de Paul, le mari et la fille d’Hélène – circulent d’un coin de la scène à un autre, en périphérie. Tandis que le trio jadis amoureux se déchire au centre, à coups de petites phrases blessantes, de mots inopportuns. Tout commence avec le mot « taciturne » censé décrire Pierre. Et, à partir de là, les plaies s’exposent, et explosent dans la figure de ceux qui s’approchent de trop près.

La colère est sans doute l’émotion qui domine cette mise en scène. Mais, heureusement, l’on entraperçoit aussi, grâce au jeu nuancé de tous les comédiens, un sentiment – presque beau – de tristesse. Tristesse de voir la vie changer sans qu’elle ne se conforme aux idéaux de jeunesse. La colère, c’est beaucoup de bruit pour rien. Beaucoup de bruit pour dissimuler la solitude de ne plus être aimé comme on l’a été. 

Anne Losq


Derniers remords avant l’oubli, de Jean-Luc Lagarce

Collectif In vitro

Mise en scène : Julie Deliquet

Avec : Gwendal Anglade, Julie André, Éric Charon, Olivier Faliez, Agnès Ramy et Annabelle Simon

Création lumière : Richard Fischler

Création vidéo : Mathilde Moriès

Création son : David Georgelin

Théâtre 13 • 103 A, boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris

Réservations : 01 45 88 62 22

www.theatre13.com

vendredi 19 juin à 20 h 30 et samedi 20 juin 2009 à 19 h 30

22 € | 15 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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