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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 16:50

Nettement au-dessus
de la moyenne


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Un agent immobilier, qui devait bien s’y connaître, m’a dit un jour qu’il y avait deux manières infaillibles de perdre des amis : s’embarquer avec eux pour une croisière en voilier ou louer un appartement en colocation. C’est à l’illustration de cet inquiétant adage que s’est employée la jeune compagnie Les K, avec une pièce sympathique et prometteuse.

Le volume d’une musique pop-rock pêchue, qui tourne depuis que le public est entré dans la salle, a été progressivement augmenté. Nous sommes plongés dans le noir. Pendant les quelques instants où la scène reste vide, je ne peux m’empêcher de songer à un générique de série télévisée, et plus particulièrement à celui de Friends qui, la première, a exploité les ressorts comiques de la colocation. Mais cette référence attendue, intentionnelle ou non, n’a pas eu besoin de plus de cinq minutes pour voler en éclats.

En effet, nous ne sommes pas là dans l’univers gentiment loufoque de nos trentenaires new-yorkais. Nous sommes dans l’appartement où Eva (Laurence de Greef) a sa chambre. Et il y passe beaucoup de monde, dans la chambre d’Eva. Le dernier en date, c’est Ahmed (Johann Blain), un fan d’arts martiaux tout en muscles mais bonne pâte. Et, en ce matin fatal, il va se rendre rapidement compte qu’il est tombé sur deux os : Claire (Clémence Mercier), l’une des colocataires d’Eva, déteste cordialement les hommes, et Eva, tout à sa passion du sexe, n’a que faire des sentiments. Ajoutons à ce duo féminin la jeune Fred (Ruthy Devauchel), idéaliste et vierge, et nous avons tous les éléments pour explorer sans pudeur les seules vraies questions universelles de l’humanité : faut-il coucher, et avec qui ?

Certes, tout n’est pas parfait dans cette pièce. Le principal reproche que je pourrais lui formuler est que, bien que n’étant jamais ennuyeuse, elle n’a pas déclenché chez moi une irrépressible hilarité. La petite présentation de Marc (Gautier Pougeoise), notoire « serial lover » aux favoris wolferinesques, est par exemple très réussie, de même que le mémorable coup de bouquet de fleurs que lui assène Ahmed. Mais la plupart du temps, nous sommes plutôt sous le régime de l’amusant que sous celui du drôle. Il manque souvent le petit quelque chose, le grain de surprise et de folie, qui fait que l’on passe du sourire au rire.

Néanmoins, j’ai éprouvé pour cette pièce et pour ses acteurs beaucoup de sympathie. Clémence Mercier peut se prévaloir d’avoir rendu comique son personnage de jeune fille aigrie sans presque jamais se départir d’une physionomie boudeuse. Et, avec elle, toute la troupe peut être créditée d’une sincérité que je trouve admirable. Une sincérité dans leur engagement de comédien, dans leur plaisir à monter sur les planches, qui illumine tout leur jeu et qui procure un vrai plaisir à ceux qui les regardent.

Qui plus est, le Célibat par intermittence est une pièce qui, au bout du compte, est beaucoup moins trash et superficielle qu’on aurait pu le penser. Les personnages se posent des questions, évoluent, et font jaillir quelquefois des étincelles d’émotion étonnamment authentiques. Cette situation est due au fait que, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, le propos n’est pas de faire l’apologie d’une liberté sexuelle débridée. Tous les personnages n’étant pas réduits à de simples pulsions, ils deviennent plus touchants et évitent à la pièce l’écueil de la vulgarité. Sans aller jusqu’à dire que nous sommes en présence d’un chef-d’œuvre de subtilité, pour une comédie de cette catégorie, le Célibat par intermittence est à mon sens nettement au-dessus de la moyenne.

Nous avons donc là une pièce qui a ses défauts, mais que je trouve réellement prometteuse, tant par son écriture que par la petite équipe qui la fait vivre. Je conseillerais donc à tous ceux qui aiment se nourrir d’une réelle joie de jouer d’aller voir le Célibat par intermittence, et j’espère qu’il y aura bientôt une nouvelle pièce de la compagnie Les K. 

Vincent Morch


Le Célibat par intermittence, de Clémence Mercier

Compagnie Les K • 32, rue Albert-Thomas • 75010 Paris

01 42 01 33 06 | 06 64 99 98 87

asso.les.k@hotmail.fr

Mise en scène : Clémence Mercier

Avec : Johann Blain, Aurélien Charle, Laurence De Greef, Ruthy Devauchel, Clémence Mercier, Gauthier Pougeoise

Photo : © Jean-Michel G.

La Comedia • 6, impasse Lamier • 75011 Paris

Réservations : 01 43 67 20 47

Du 13 mai au 8 juillet 2009, les mercredis à 21 h 15

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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