Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 10:42

Ça jazze à Coutances (3)


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Samedi 23 mai 2009

Le ciel est gris au réveil mais n’évoque en rien ce « ciel bas et lourd [qui] pèse comme un couvercle » chanté par Baudelaire. La lumière normande est toujours là, qui fragmente le gris en un camaïeu infini. Quelques gouttes éparses en début d’après-midi videront la pelouse de l’évêché. Mais il en faut plus pour décourager un festivalier, et les spectacles de rue garderont leur public.

Macadam Cyrano

C’est notamment le cas pour la troupe de Macadam Cyrano, qui donne dans une déambulation urbaine de 90 minutes une version du Cyrano de Rostand en déclamant les alexandrins de l’auteur, avec pour seuls accessoires un tabouret et quatre fleurets.

Comme le critique ne recule devant aucun… plaisir, c’est quatre concerts que je vous présente aujourd’hui.

Roberto Fonseca

Le concert était annoncé comme devant être unique en France, mais, depuis, j’ai vu que le pianiste cubain était annoncé à Marciac : on peut se tromper. Flegmatique, quand une panne de console interrompt le concert pour une petite demi-heure – et il faut également louer à ce propos la bonne communication du festival comme le fair-play du public –, Fonseca est d’abord une bête de scène qui ne craint pas de cabotiner un peu.

Complètement tordu sur son tabouret, il regarde plutôt son quartet – très solide – ou le public que son clavier. Parfaitement décontracté sous son chapeau, il multiplie les grimaces et les borborygmes tout en jouant.

Tout cela ne l’empêche pas de dominer parfaitement son instrument, aussi bien dans les moments de conversation intime que dans la fureur déchaînée du clavier. Le dialogue complice est constant avec le quartet dans les rythmes cubains, mais aussi dans un morceau où s’enflamment les percussions africaines. Et, lorsque la clarinette fait entendre des sonorités moyen-orientales, Roberto Fonseca est manifestement ravi. Tout cela se termine par plusieurs rappels d’un public de fans en délire.

© P.-Y. Le Meur

Renata Rosa

Elle chante, elle danse, elle joue du rabeca, ce violon traditionnel du Nord-Est brésilien : l’énergie de Renata Rosa est impressionnante et semble inépuisable pendant plus d’une heure trente, sans aucune sortie de scène, jusqu’à la chanson finale qui se termine en farandole dans la salle. Mon seul regret tient au réglage de la sonorisation : une basse perpétuellement saturée et des percussions trop présentes dans certaines parties instrumentales, mais surtout la voix cristalline de Renata Rosa poussée dans le suraigu pour quelques morceaux.

Pour le reste, comme tout le public, je me suis laissé emporter, ravi, par les rythmes amérindiens et la personnalité attachante de Renata Rosa. Qu’elle chante a cappella tandis que ses musiciens marquent le rythme en claquant des doigts ou qu’elle tienne sa partie dans un chant polyphonique, sa voix est de celles qu’on n’oublie pas. Elle tire de son rabeca des sonorités étonnantes qui rappellent la flûte des Andes. Son art se situe au carrefour de la musique, de la poésie improvisée et de la danse. Cependant, j’y ajouterais volontiers la comédie tant son visage est expressif.

Quand elle danse, sa jupe très colorée s’évase en corolle et, chaque fois que ses spartiates touchent le sol, il semble qu’elle y puise une nouvelle force. Il faut dire qu’elle est entourée de percussionnistes qui semblent prendre plaisir à varier les rythmes à l’infini. Parfois le tempo de ces percussions, qui n’est pas sans rappeler l’Afrique, est tellement endiablé et obsédant que l’on songe à ces danses rituelles qui recherchent la transe. Je vous invite à retenir le nom de cette chanteuse prometteuse : Renata Rosa.

© Jean-François Picaut

Fatima Spar et les Freedom Fries

Le concert de Fatima Spar et de ses Freedom Fries était l’un des deux derniers du festival et, comme l’a dit une de mes voisines d’un soir, « C’était un beau concert pour une clôture ». Cette femme parlait d’or.

Débarrassons-nous d’abord de deux regrets. Le premier est qu’il ait été programmé au Magic Mirror. Je n’ai toujours pas compris pourquoi on installe une scène au niveau du sol quand tous les spectateurs de face sont debout ! Hormis ceux du premier rang, tous les autres doivent parier sur l’oscillation de ceux qui sont devant pour espérer apercevoir les artistes. Et je ne parle pas des spectateurs assis aux tables sur le pourtour. Le second concerne une nouvelle fois la sonorisation de la première partie du spectacle : le volume sonore global était beaucoup trop important, et les instruments couvraient la voix de la chanteuse, ce qui est tout de même dommage pour des chansons à texte…

Ces réserves faites – et il faut les faire –, j’ai beaucoup apprécié le concert. Fatima Spar donne l’impression, de prime abord, d’être une frêle jeune femme. On verra, à lire sur ce site l’entretien que l’artiste a bien voulu m’accorder, qu’il n’en est rien. Ce n’est certes pas une grande voix, comme on peut le dire d’Ella Fitzgerald ou de Nina Simone, pour prendre des exemples qui ne vexeront personne. Mais c’est une voix et c’est surtout une chanteuse. Elle sait placer un texte et le faire vivre par son expression. Elle occupe physiquement la scène et n’hésite pas à esquisser quelques mouvements de danse même quand la scène est étroite comme c’était le cas.

Ses cinq compagnons, qui, eux, ne respirent pas la fragilité, sont de vrais musiciens, et tout le groupe a un swing d’enfer. Le style est indéfinissable, et c’est bien ce qu’ils veulent. On reconnaît néanmoins l’influence du New Orleans mâtiné d’influence balkanique. Tout cela dégage beaucoup d’énergie sans manquer de subtilité. Et c’est naturellement qu’ils ont conquis le jeune public sans rebuter les aînés. Voilà donc un groupe à suivre avec attention et sympathie.

Henri Texier Red Route Quintette et l’Ensemble Mozaïc Man (création)

Pour une fois, je n’ai pas suivi l’ordre chronologique, désireux de garder le meilleur pour la fin. J’ai assisté à une vraie rencontre entre le quintet de l’homme au bonnet et l’Ensemble de Basse-Normandie (18 cordes !) dirigé par Dominique Debart.

Voilà du jazz comme on l’aime, plein d’émotion retenue, savant parfois sans jamais être abscons, éloigné de toute pédanterie, pétillant (comme un bon cidre normand !) de malice et d’intelligence, où la classe se cache sous la modestie. Tout le concert a baigné dans une atmosphère de légèreté, de douceur. Cette musique, quasi onirique, respire la sérénité. Tout l’univers de Texier s’y retrouve, et ce qu’on entend évoque les grands espaces, l’Inde, le tango argentin, des films de Fellini…

Tous les membres du quintette sont excellents, et chaque solo est, pour ainsi dire, un morceau d’anthologie. Massif derrière sa contrebasse, Henri Texier montre toute l’étendue de son talent sans jamais se mettre en vedette. L’ensemble à cordes, lui, remarquable de bout en bout, ne fait pas de la figuration, mais dévoile toutes les possibilités de ses instruments, cordes pincées, frappées ou frottées selon les morceaux.

Le spectacle a provoqué une longue ovation méritée de tout le public. Ce concert constitue, à mes yeux, le clou de mes trois jours au festival. Pour sa vingt-huitième édition, Jazz sous les pommiers, fidèle à sa politique, a su nous offrir une programmation riche et très éclectique, populaire mais sans concession à la facilité. Il faut en remercier son directeur, Denis Le Bas, et tous ceux qui l’accompagnent, dont les nombreux bénévoles, accueillants et efficaces. Rendez-vous l’an prochain ? 

Jean-François Picaut


Jazz sous les pommiers • les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

28e édition

• Andy Sheppard Quintette : Movements in Colour, concert inédit

Andy Sheppard : sax soprano et ténor

John Parricelli : guitares acoustique et électrique

Eivind Aarset : guitare, électronique

Arild Andersen : contrebasse, électronique

Kuljit Bhamra : tabla, percussions

• Archimusic : Terres arc-en-ciel, création

Jean-Rémy Guédon : sax ténor

Nicolas Genest : trompette, bugle

Jean-Pierre Arnaud : hautbois, cor anglais, cornemuse

Yves Rousseau : contrebasse

Emmanuelle Brunat : clarinette basse

Valérie Granier : basson

Nicolas Fargeix : clarinette

David Pouradier-Duteil : batterie

Invités :

Philippe Gouyer-Montout : chant et percussions

Franz Féréol : chant et percussions

Jean Richard Codjia : chant et percussions

• Branford Marsalis Quartet

Branford Marsalis : sax ténor et soprano

Joey Calderazzo : piano

Justin Faulkner : batterie

Éric Revis : contrebasse

• Carine Bonnefoy New Large Ensemble, création

Carine Bonnefoy : compositions,arrangements, direction, Fender, percussions polynésiennes

Rhodes André Charlier : batterie

Gildas Boclé : contrebasse

Hervé Sellin : piano

Frédéric Favarel : guitare

Claude Égea : trompette/bugle

Jean-Jacques Justafré : cor

Damien Verherve : trombone

Stéphane Guillaume : sax soprano et ténor, clarinette et clarinette basse

Stéphane Chausse : flûte, sax alto, clarinette basse

Nelly Lavergne : chant

Deborah Tanguy : chant

Jean-Luc Di Fraya : chant, percussions

Johan Renard : violon lead

Christophe Cravero : violon

Jean-Marc Apap : alto

Valentine Duteil : violoncelle

Marc Buronfosse : contrebasse

• Duo Jean-Marie Machado | Dave Liebman

Jean-Marie Machado : piano

Dave Liebman : clarinette et saxophone

Fatima Spar & The Freedom Fries

Fatima Spar : chant

Alexander Wladigeroff : trompette, bugle

Andrej Prosorov : sax soprano

Milos Todorovski : accordéon

Philipp Moosbrugger : contrebasse

Erwin Schober : batterie

• Henri Texier Red Route Quintette et l’Ensemble Mosaïc Man, création

Compositions : Henri et Sébastien Texier

Arrangement et orchestration : Anahit Simonian

Henri Texier : contrebasse

Carlo Nardozza : trompette, bugle

Sébastien Texier : sax alto, clarinette

Manu Codjia : guitares

Christophe Marguet : batterie

Et les dix-huit cordes de l’Ensemble, Orchestre régional de Basse-Normandie

Direction : Dominique Debart

Violons : Corinne Basseux, Jean-Yves Ehkirch, Jean-Daniel Rist, Gaelle Israelievitch, Thierry Tisserand, Anne Faucher, Jean-Marc Ferrier, Serge Perevosov

Altos : Cédric Catrisse, Stéphanie Blet, Fatiha Zelmat, Sylvain Durantel

Violoncelles : Aurore Doué-Debart, Vincent Vaccaro, Benoît Leblond, Yori Lee

Contrebasses : Fabrice Béguin, Bernard Lanaspeze

• Les batteurs de pavé : Macadam Cyrano

Avec : Caroline Althaus, Renaud Berger, Laurent Lecoultre, Yannick Merlin, Emmanuel Moser et Matthieu Sesseli

• Renata Rosa

Renata Rosa : chant, rabeca

Ana Freire : percussions, chant

Lucas dos Prazeres : percussions, chant

Leonilcio « Pêpe » da Silva : cordes, guitare à sept cordes, bandola, cavaco, chant

Hugo Lins : basse, chant

• Roberto Fonseca

Roberto Fonseca : piano

Javier Zalba : clarinette, flûte, sax baryton

Omar González : basse

Ramses Rodriguez : batterie

Joel Hierrezuelo : percussions

• Victor Démé

Victor Démé : chant, guitare

Ali Diarra : calebasse, balafon, chœurs

Youssouf Diabaté : guitare solo, chœurs

Salif Diarra : kora, percussions, chœurs

Moussa Diabaté : basse

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher