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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 00:33

Nicola Alaimo, scéniquement époustouflant


Par Praskova Praskovaa

Les Trois Coups.com


La saison lyrique de Montpellier s’achève en beauté avec une production de « Falstaff » jeune, plantureuse, dynamique et inspirée. Véritable chant du cygne de Verdi, c’est avec la connivence de son librettiste Arrigo Boito à près de 80 printemps, et inspiré par ce nouveau livret de Shakespeare « les Joyeuses Commères de Windsor », que le maître renouvelle avec talent son style d’écriture orchestrale et vocale. Alors qu’il semblait avoir donné la quintessence de son art dans la dramaturgie musicale d’« Othello » produit six ans plus tôt, il réalise cette comédie ubuesque en y ajoutant une touche d’humour personnelle, forme de pied de nez à sa vie et à son génie.

Ici, la distribution est parfaitement homogène, marquée par le duo sexy et irrésistible de Nicola Alaimo, jeune baryton de 29 ans à la stature insolente qui s’approprie le personnage de Sir John Falstaff en maître absolu, et sa compagne de scène ronde à croquer, Ursula Ferri en Mrs Quickly, digne d’un tableau de Botero.

Avec cet imposant Falstaff dans le rôle-titre, mimant avec panache sa noblesse déchue, scéniquement époustouflant, on respire, on sourit, on rit. On profite aussi pleinement de l’autorité naturelle de sa diction et de la densité dramaturgique du texte. De la vigueur de sa puissance vocale – « Onore ! Laddri… » – au timbre lumineux et dépouillé de sa canzonetta susurrée à Mrs Ford, cet artiste à la voix exceptionnelle se joue des difficultés de la partition…

Il nous enchante par son élégance outrée, tout en ébauchant quelques pas de danse souple à pieds nus, en caressant dans un ravissement extrême son ventre proéminent qui semble le rassurer. L’engagement vocal et physique dont il fait preuve, tant dans la compréhension musicale de l’œuvre que dans la qualité de son jeu d’acteur, nous emmène au tréfonds de la déchéance humaine. Et nous fait dans le même temps découvrir une grande figure du lyrique à l’aube d’une immense carrière. Un nom à retenir !

Sa complice féminine, à la gorge profonde et aux rondeurs exquises, est divine dans une tenue vert fleuri ajustée à ses formes. Coiffée d’une toque en fourrure blanche, elle use de ses charmes moelleux pour nous entraîner dans un jeu de scène hilarant. Dotée d’une tessiture incroyable et d’une couleur mezzo veloutée, elle enchaîne les effets vocaux avec une aisance sensuelle. Un vrai plaisir !

Le reste de la distribution est parfaitement conduit par l’action et le jeu. E. Alexiev, baryton-basse au timbre radieux et au charisme envoûtant, nous fait partager sa ferveur de père dans le monologue de Ford. Le quatuor des femmes chante à merveille, charmant et virevoltant. Fuionnuala Mc Carty est enjouée, avec une projection vocale dynamique et lyrique ; Nona Javakhidze est parfaite ; Guylène Girard est exquise, cristalline à souhait. Sa couleur se marie parfaitement avec celle de son amoureux (Fenton), campé par le jeune ténor au timbre lumineux Sébastien Droy, qui mérite une mention spéciale et nous a offert un récital de toute beauté le jour suivant à la salle Molière.

La mise en scène d’Eike Gramss, metteur en scène chevronné habitué des ouvrages de Verdi, est une vraie réussite. Le jeu des acteurs a été savamment mise en place, et la crédibilité des personnages de cette comédie burlesque est éclatante de drôlerie et de bon sens.

Avec un décor minimaliste, soit un ring de bois surélevé, tel un pont entouré par des toiles aux formes de voiles, l’action se déroule dans une espèce de divagation comique. Les costumes de mauvais goût et de couleurs vives vont du S.D.F. punk au kilt de Falstaff, en passant par une équipe de base-ball en orange hilarant et des robes de mariées au look Tati. Ce style anglo-saxon déjanté un peu exagéré ajoute une touche kitsch à l’ensemble finalement « very British ».

Comment ne pas parler de l’excellent orchestre de Montpellier et du retour de Friedmann Layer pour l’occasion (celui-ci ayant été chef titulaire à l’opéra pendant treize ans). Attentif au plateau et aux chanteurs, mais dans une battue quelque peu évanescente, il nous fait redécouvrir cette musique à l’orchestration continue et chatoyante, ne gênant à aucun moment ni l’action, ni le texte, ni le flux des voix, et annonçant par sa modernité l’arrivée de Puccini. 

Praskova Praskovaa


Falstaff, de Guiseppe Verdi

Comédie lyrique en trois actes

Livret d’Arrigo Boito, d’après les Joyeuses Commères de Windsor de William Shakespeare (1597)

Créé au Théâtre de la Scala de Milan, le 9 février 1893

Production du Stadttheater de Bern

Mise en scène : Eike Gramss

Distribution :

– Nicola Alaimo, Sir John Falstaff

– Evguenyi Alexiev, Ford

– Fuionnuala Mac Carty, Alice Ford

– Guylaine Girard, Nannetta

– Sébastien Droy, Fenton

– Loïc Félix, Bardolfo

– Marc Mazuir, Pistola

– Enrico Facini, Dr Cajus

– Ursula Ferri, Mrs Quickly

– Nona Javakhidze, Meg Page

Décor et costumes : Christoph Wagenknecht

Orchestre national de Montpellier - Languedoc-Roussillon

Direction musicale : Friedmann Layer

Chœur national de l’Opéra de Montpellier - Languedoc-Roussillon

Chef de chœur : Noëlle Genny

Représentations à l’Opéra Comédie

Le 7 juin 2009 à 15 heures, les 9 et 12 juin 2009 à 20 heures, le 14 juin 2009 à 15 heures et le 16 juin 2009 à 20 heures

De 60 € à 18 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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