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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 21:03

Jeu double en demi-teinte


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Dernier temps fort de cette saison pour le Ballet de l’Opéra de Lyon avec la présentation de deux pièces chorégraphiques dans le cadre d’un double jeu audacieux. Les maîtres de cérémonie Alain Buffard et Christian Rizzo nous présentent « Mauvais genre #10 » et « Ni cap ni Grand Canyon ». Le tout servi en une soirée sur la scène du Toboggan à Décines, qui compte désormais parmi les hauts lieux de la danse en région lyonnaise.

Le premier moment est celui de l’artiste pluridisciplinaire Christian Rizzo. Après Ni fleur ni Cadillac, présenté en 2004, ce touche-à-tout nous donne à découvrir dans cette nouvelle pièce un travail qui s’inscrit sur trois niveaux : le premier est visuel avec une scénographie à la fois épurée et résolument graphique. On reconnaît ici la touche du plasticien Christian Rizzo, qui a fait le choix d’un plateau quasiment nu. Une batterie est disposée au centre sur un socle massif au-dessous d’un bloc rectangulaire en suspens, évoluant au gré des morceaux joués. La lumière semble habiller la scène d’une ambiance fantasmatique en lui restituant sa blancheur. L’ensemble donne ainsi lieu à une esthétique efficace et léchée.

Le second niveau est évidemment musical puisque le jeu de batterie est un élément moteur. La partition est jouée en direct par Didier Ambact, jeune homme aux cheveux hirsutes, qui donne le ton et rythme les 40 minutes de la pièce. Des moments de grande intensité avec de vibrants et violents solos de batterie évoluent en direction d’une musique plus ambiante, faite de sonorités répétitives et hypnotiques telles des mantras.

Enfin, le niveau chorégraphique, lui, renvoie à la remarquable technicité des jeunes danseurs. Ces derniers, uniformément vêtus de jean et tee-shirt, composent un ensemble assez terne avant de laisser place à des tonalités plus criardes. Les danseurs semblent fonctionner par deux. Nonchalants, ils s’apparentent parfois à de véritables zombies. Ils évoluent en groupe, tombent et se relèvent sans cesse. Ici, les chorégraphies qui se succèdent à la manière de tableaux sont semblables à des rites païens, des cérémonies initiatiques ou sacrificielles.

Le talent et la technique sont bien là, les choix esthétiques et le concept semblent intéressants. Pourtant, l’ensemble ne réussit pas à décoller. Et, à l’image des tenues des danseurs, cette pièce, qui donne autant à voir qu’à entendre, apparaît finalement quelque peu monotone.

Puis, trente minutes d’entracte laissent place à la seconde pièce. Alain Buffard nous présente ici la 10e mouture de Good Boy, ici appelée Mauvais genre #10, pièce qui évolue au gré des lieux et des danseurs, ici au nombre de sept, parmi lesquels une seule fille. Un des aspects majeurs de cette pièce est la nudité, qui revient continuellement et sous diverses formes à la manière d’un leitmotiv. On la retrouve chez les danseurs bien sûr, mais également dans l’espace de danse, où l’on découvre les murs blancs de la salle.

On note là encore un aspect très graphique pour cette scénographie épurée avec la disposition symétrique des tas de boites de compresses ou encore l’emploi de néon, dont la vocation première est celle de masquer les visages des danseurs. Ces derniers enfilent alors un slip kangourou, puis deux, trois… jusqu’à ce que leur épaisseur nous rappelle l’image de la couche-culotte, faisant alors écho à l’incontinence de l’enfance comme à celle de la vieillesse. Ce premier moment est rapidement dépassé par une introspection qui semble pousser les danseurs jusque dans un état proche de la maladie, de la démence, voire de l’animalité. La scène et ses multiples éclairages nous évoquent le milieu hospitalier ou asilaire. La nudité associée à la frénésie des mouvements se fait interprète d’un véritable langage. Ici le corps s’exprime, fait du bruit, se déforme, s’affuble de prothèses ou se contorsionne.

Dans cette pertinente démarche, on reconnaît l’influence de la chorégraphe Anna Halprin, notamment dans l’aspect performatif, le traitement de gestes quotidiens, mais également dans cette volonté de ne pas distinguer les garçons des filles, voire d’afficher des corps désexualisés, travestis. Quoi qu’il en soit, le choix est ici celui de la non-danse.

Mauvais genre #10 fait également preuve d’une certaine dose d’humour avec l’obsédante chanson Good Boy, sur laquelle les danseurs défilent en talons hauts faits de bandages, ou bien avec cette étonnante version de New York New York de Sinatra au Klaxon, puis chantée au micro par une diva.

Ces deux heures passées au Toboggan présentent une certaine inégalité de ton et de rythme, donnant ainsi lieu à une soirée en demi-teinte. Mais ceci ne remet nullement en cause la remarquable et brillante technicité des jeunes interprètes du Ballet de l’Opéra de Lyon. 

Élise Ternat


Double jeu, de Rizzo et Buffard

Ni cap ni Grand Canyon, de Christian Rizzo

Chorégraphie, scénographie et costumes : Christian Rizzo

Assistante : Sophie Laly

Avec : Cédric Andrieux, Fernando Carrion Caballero, Maïté Cebrian Abad, Harris Gkekas, Caelyn Knight, Coralie Levieux, Karline Marion, Jérôme Piatka, Jaime Roque De La Cruz, Denis Terrasse, Agalie Vandamme

Musique originale jouée en direct par Didier Ambact

Lumière : Caty Olive

Durée : 40 minutes

Mauvais genre #10, d’Alain Buffard

Chorégraphie et mise en scène : Alain Buffard

Assistant : Mathieu Doze

Pièce créée en juin 2003, entrée dans le répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon le 9 juin 2009

Nouvelle version pour 7 danseurs

Avec : Coralie Bernard, Benoît Caussé, Rob Fordeyn, Harris Gkekas, Misha Kostrewski, Jérôme Piatka, Pavel Trush

Durée : 1 heure

Le Toboggan • 14, avenue Jean-Macé • B.P. 274 • 69152 Décines cedex

Réservations : 08 26 305 325

Du 9 au 13 juin 2009 à 20 h 30

Durée : 2 heures

20 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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