Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 17:01

Quel plaisir…


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Fantazio est un artiste sans autre style que le sien : une bonne dose de contrebasse, une lampée d’absurde, quelques grammes de poésie, le tout lié par les nerfs fragiles du rock’n roll. En formation élargie pour le festival Furies, il offre une nouvelle fois un concert auquel on ne s’attendait pas.

Ce qui est toujours bon avec un concert de Fantazio, c’est qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre. Ni du point de vue des musiciens qui l’accompagnent, ni du point de vue de la couleur que prendra l’ambiance. Quelle facette de cet artiste délirant aura le dessus sur les autres ?

Lorsque nous sommes entrés dans le cabaret, les musiciens faisaient les derniers réglages, et Fantazio, la contrebasse au côté, racontait de curieuses histoires. Il disait, en italien avec un très fort accent sicilien, un dithyrambe de l’absurde, improvisé, se nourrissant des images instantanées que lui fournissait la salle. L’homme au chapeau, la façon avec laquelle les gens habitaient l’espace, les assis, les debouts, passaient sous sa langue avec une vivacité presque dérangeante. Fantazio était intarissable. Le flot de ses paroles s’est déversé ainsi pendant au moins vingt minutes, repassant au français mais conservant l’accent sicilien. Le public s’impatientait. Sifflets, quolibets : « Oh ! la musique maintenant ! »… Les surréalistes sont diablement oubliés, tout est à refaire !

Évidemment, la musique vient. Flanqué de six musiciens farfelus qui jonglent avec les sons comme d’autres avec des torches, Fantazio déverse ses textes aventureux, provocateurs un peu et engagés toujours. Du côté du mouvement de vie, du réveil, de la crevaison de bulles en éclats. Deux micros amplifient ses voix de manière différentes. Oui, ses voix, il en a au moins cinq : la parlée, la « death metal », la très aiguë, la douce et la dénudée, sans artifice. Il y a donc les voix, mais il y a également un panel de bruits saisissants qui sortent de cet homme. En fermant les yeux, j’ai entendu : une scie musicale, un cochon, une voie de chemin de fer, un clou qu’on enfonce, un chat, un grincement de porte, un rappeur new-yorkais des années quatre-vingt-dix, une femme, un oiseau de nuit…

Au milieu du concert, surprise : Benjamin Colin, musicien de bruits – il joue avec un morceau de fer, un fil, des cloches… –, juché sur un chariot à roulettes, jouait de la guitare électrique sur un fil amplifié sur un sampler, caisse claire au pied. On aurait dit un concert de Led Zeppelin à lui tout seul. Descendu parmi le public avec son petit chariot, il a réussi à secouer un public qui restait un peu frileux. Un incroyable moment de musique qui a bien duré une demi-heure, le temps pour le reste de la troupe de faire une petite pause et de se préparer au second set.

Au total, plus de deux heures de concert intense et endiablé, bondissant et surprenant. Un plaisir étrange qui réunit brusquement musique expérimentale, culture de l’absurde et de l’association d’images, engagement politique, poésie, et corps. 

Lise Facchin


Fantazio

Contrebasse, chant : Fantazio

Soubassophone : Stéphane Danielides

Guitare : Frank Williams

Saxophone baryton : Pierre Chaumie

Batterie : Denis Shuler

Bruits et sons : Benjamin Colin

Platines : Junkaz Lou

www.fantazio.org

Festival Furies de Châlons-en-Champagne du 6 au 13 juin 2009

www.festival-furies.com

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher