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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 12:14

Viennoiseries à la mode d’Espagne


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Belle initiative que ces Promenades musicales : pendant un mois, trios, quintettes et surtout quatuors investissent divers lieux de Paris et de Seine-et-Marne pour célébrer la musique de chambre, sous l’égide de l’association ProQuartet. L’occasion d’écouter des formations souvent jeunes, au talent prometteur ou déjà reconnu, dans des lieux prestigieux ou inattendus, de l’hôtel des Invalides au château de Fontainebleau en passant par les églises de petits villages seine-et-marnais. Autre particularité : la part belle accordée aux compositeurs contemporains.

Le programme des différents concerts mêle toujours anciens et modernes, permettant ainsi de montrer la richesse de la musique de chambre et de faire découvrir des compositeurs moins connus du grand public. Figure tutélaire planant sur tout ce petit monde, le grand Joseph Haydn (1732-1809), dont on célèbre le bicentenaire de la mort. Haydn, contemporain de Mozart, moins populaire, moins fascinant : lui ne connut pas le destin d’artiste maudit du Salzbourgeois. Patronné par les plus grandes familles d’Autriche, il eut tout le loisir de produire moult symphonies, quatuors, opéras et autres oratorios lors d’une carrière longue de plusieurs décennies.

Et c’est ainsi que, lors de ces Promenades musicales et pour la gloire du grand Joseph, chaque formation se fend de son Haydn. Pour cet ultime concert, nous voici donc avec le quatuor Quiroga, venu d’Espagne, qui se lance dans le Quatuor à cordes en si bémol majeur opus 50 nº 1. D’emblée, tout vibre, tout respire le sentiment, comme dans le premier mouvement si plein de vie. Le délicat menuet résonne comme une conversation timide, une sorte de badinage pudique, comme si chaque instrument se retenait de s’exprimer avec plus de fougue ! Le dernier mouvement est enjoué, plein de cette élégance à la fois souriante et assurée qui inonde la musique du xviiie siècle. Mais on y sent aussi parfois des inflexions qui rappellent le plus pur romantisme, façon la Jeune Fille et la Mort.

Quatuor Quiroga | © Mila Rodero

La mort, parlons-en avec Alban Berg… Quelle sensibilité angoissée, quelle tension ! Le début de l’œuvre prend l’auditeur aux tripes, donnant d’entrée une explosion dramatique, une fulgurance qui laisse tout frissonnant. Une atmosphère de désolation flotte sur cette œuvre tout en contrastes, où les dissonances amènent parfois, par à-coups, des moments d’un lyrisme sombre et désespéré. Étrange impression d’entendre une œuvre à la fois audacieuse, moderne et très classique.

Retour quelques décennies en arrière avec la dernière œuvre connue de Beethoven. Respect. Dans ce Quatuor opus 135 à valeur de testament, romantique en diable, les instrumentistes font briller toutes leurs qualités d’interprétation. Les très expressifs autant que rigoureux Ibères s’en donnent à cœur joie, aussi forts dans le recueillement douloureux du début du troisième mouvement (où de simples séries de deux notes créent, par l’art de l’harmonie, du rythme et de l’intensité, une tension littéralement à couper au couteau !) que dans les fins de phrases tranchantes comme autant de passings d’un certain tennisman national. Dans cette œuvre surprenante, l’auditeur est comme pris à contre-pied, sans cesse surpris, comme dans cet antifinal d’une légèreté presque absurde. Mention spéciale au premier violon, Aitor Hevia, qui, à la tête des opérations, est impeccable dans tous les registres. 

Céline Doukhan


Concert du Quatuor Quiroga, pièces de Haydn, Berg et Beethoven

Haydn : Quatuor à cordes en si bémol majeur, opus 50 nº 1 (1787), Berg : Quatuor à cordes opus 3 (1909), Beethoven : Quatuor à cordes nº 16 en fa majeur opus 135 (1826)

Avec : Aitor Hevia, Cibran Sierra (violon), Dénes Ludmany (alto), Helena Poggio (violoncelle)

Chapelle de la Trinité, château de Fontainebleau • 77300 Fontainebleau

Organisation et renseignements : ProQuartet-Centre européen de musique de chambre • 9, rue Geoffroy-l’Asnier • 75004 Paris

01 44 61 83 50

14 juin 2009 à 18 heures

5 € | 10 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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