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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 21:20

Débat passionnant
et nécessaire


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Réunis sur la grande scène du Salon du théâtre, Julie Brochen, directrice du Théâtre national de Strasbourg, Christian Schiaretti, directeur du Théâtre national populaire et Robert Cantarella, nouveau responsable du 104. Trois metteurs en scène qui interrogent ensemble la notion de transmission dans l’art de la mise en scène. Peut-on enseigner la mise en scène ? Si oui, quels savoirs transmettre ? Et comment ? Quelles limites aussi ? Quels risques ? Un débat passionnant et hautement nécessaire, car, comme le dit Robert Cantarella, le metteur en scène est un « patron ». Et, à partir du moment-même où la notion de pouvoir est à l’œuvre, la question de la formation à ces responsabilités est hautement périlleuse. Mais résolument incontournable.

Il a fallu tout d’abord définir clairement les contours du sujet. À savoir la mise en scène elle-même. Robert Cantarella le précise dès le début de la rencontre : la question de la formation rejoint la question du statut du metteur en scène. Qu’est-ce que mettre en scène ? Qu’est-ce qui se passe dans ce mouvement mystérieux qui amène un comédien (c’est très souvent le cas) à se détacher du groupe de ses pairs pour sentir que sa place est en dehors du plateau, à la direction ? Quel est ce mouvement de « cooptation » comme le nomme Christian Schiaretti qui amène la légitimité et la justesse de cette sortie volontaire vis-à-vis de soi-même, mais aussi et surtout, vis-à-vis du collectif ? Robert Cantarella utilise la formule suivante, qui par sa concision, semble assez juste : « diriger, c’est agencer des signes ». C’est-à-dire agencer les signes multiples (paroles, décors, lumières, son…) qui, depuis la scène, vont venir raconter au spectateur l’histoire que l’on a choisie de lui raconter.

Bien évidemment, on est, avec cette définition, face à un éclaircissement mais tout aussitôt face à un doute : comment peut-on enseigner ces signes ? Est-il souhaitable de les enseigner ? Est-il même possible de le faire, puisqu’on parle ici de créativité et donc éminemment de subjectivité ? Julie Brochen rappelle que pour Claude Régy, avec qui elle a beaucoup travaillé, il était impossible d’enseigner la mise en scène. Pour elle, il est important que la formation à la mise en scène soit un lieu où les élèves accèdent à la possibilité de rêver, d’inventer, sans obligation de produire. L’école, ici, offrirait un temps de gestation de la créativité des élèves metteurs en scène, au contact du réel, mais avec le temps pour se tromper, pour essayer. Christian Schiaretti rappelle que la transmission est fondée sur un savoir objectif, technique, « rustique » (le metteur en scène doit maîtriser et connaître les données du plateau). Il ne s’agit pas de transmettre objectivement une vérité, mais de transmettre les moyens permettant d’exprimer sa propre vérité.

Et tous trois rappellent que la question de « l’être » demeure un grand mystère. Le metteur en scène doit être un animateur. Un grand dramaturge qui ne sait pas animer ne pourra pas faire un bon metteur en scène. Comme le rappelle Christian Schiaretti, diriger un groupe est loin d’être évident. L’écart entre l’élaboration et le concret doit être réduit au maximum, afin de permettre au metteur en scène d’être en permanence en dehors et en dedans de la réalité du plateau. Il semble, aux dires du directeur du T.N.P., que cette compétence mystérieuse requiert une bonne dose « d’humour et de modestie ».

En définitive, la discussion fut passionnante et a permis d’élargir les champs de réflexion autour de la mise en scène, de sa beauté et de son mystère. Et m’a donné une furieuse envie de théâtre. Une vraie fringale. 

Élise Noiraud


Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Accès libre • de 12 heures à 20 heures

Foire Saint-Germain • place Saint-Sulpice • 75006 Paris

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