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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 18:43

Improbable


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Le cirque de Phare Ponleu Selpak au Cambodge est une structure un peu particulière. Elle a été créée en 1994 par deux jeunes Cambodgiens qui ont passé leur enfance dans un camp de réfugiés et qui ont décidé de reconstruire leur pays avec les armes de l’art et de la culture. Aujourd’hui, c’est donc un orphelinat, une école de cirque, une bibliothèque et une école publique. « Puthou ! » (« mon Dieu » en cambodgien) : un spectacle improbable à base d’acrobaties et de contorsions sur fond de narration bollywoodienne.

Le décor est en place, trois panneaux où se mêlent l’or et le rose, le bleu, et le vert dans d’abstraites volutes asiatiques. Je me dis : « Aïe ! Va-t-on avoir droit au joli folklore cambodgien pour Occidentaux urbanisés ? ». Vous savez, ces insupportables mascarades où l’on donne de l’exotique au spectateur venu pour du nouveau, de l’épatant, du dépaysement, un spectacle qui fait aussi billet d’avion… mais sans bouger de son siège, bien sûr ! Vous voyez ? Vous comprenez donc ma crainte.

Eh bien, le cirque en soit loué, rien de ce goût-là mais une succession folle de saynètes délirantes. Tout comme dans les films indiens de Bollywood, de courts moments de chorégraphie sont intercalés dans les numéros, le jeu d’acteur est caricatural, les costumes sont acidulés et l’amour omniprésent. Les numéros sont greffés sur des scènes de drague, de déclarations, de disputes, de rupture, de drame…

Si les figures ne sont pas toujours très « propres », comme on dit dans le jargon circassien, l’agilité des équilibristes est très impressionnante, capables de faire une colonne à trois (figures où l’on se porte debout, les pieds des uns sur les épaules des autres) en se jetant à plus de deux mètres, de faire des flips mêlés de rondades à l’envi…

« Puthou » | © L. Amirouche

Deux femmes seulement dans la troupe, deux contorsionnistes. J’ai toujours une sorte de dégoût face aux spectacles de contorsions, quand le corps humain se déforme au point de n’être plus reconnaissable. Si je reste impressionné par la souplesse, je ne peux contenir une sorte de « beûark ! » pour ne pas dire « youârk ! »… Mais c’est une question de goût.

Quelques numéros de monocycle (en équilibre sur un câble ou sur piste mais à deux en équilibre sur le cycle…), de jonglage (balles et quilles), de danse pimentent les acrobaties qui, somme toute, donnent le ton au spectacle. La musique est jouée en scène avec des percussions traditionnelles, un xylophone et deux voix.

La vivacité joyeuse du spectacle traite parfois avec finesse des sujets plutôt délicats comme la prostitution, pratique courante dans l’Asie du Sud-Est. Pour l’occasion, les artistes avaient fait l’effort touchant d’apprendre quelques mots de français pour ponctuer leurs numéros. « Wouaou ! La meuf ! » lance le Don Juan à lunettes de soleil ; « Je t’aime, pardon ! » fait l’amoureux jaloux… Un spectacle inattendu donc, un peu embrouillé et parfois imprécis, mais dont le plaisir et la joie se transmettent sans peine au spectateur. 

Lise Facchin


Puthou !, Cirque Phare Ponleu Selpak

Cirque Phare Ponleu Selpak • Battambang • PO Box 316 • Cambodge

circus@phareps.org

Mise en scène : Det Khuon et Nil Noble

Avec : la troisième promotion de l’école de cirque de Phare Ponleu Selpak

Scénographie : les artistes plasticiens de Phare Ponleu Selpak

Création musicale : Gardy Labad, Jeff Hernandez, Ly Vanthan, Norng Chantha

Costumes : les artistes plasticiens de Phare Ponleu Selpak

Festival Furies de Châlons-en-Champagne du 6 au 13 juin 2009

www.festival-furies.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Michel 18/06/2009 16:30

L'adresse email est erronée, la bonne adresse est circus@phareps.org

Merci
Michel

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