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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 13:34

Une idée suffit-elle ?

 

Un siècle peut être vécu. Mais peut-il s’écouter ? Peut-il se voir ? Peut-il se raconter à nous ? L’Histoire avec un grand « H » peut-elle devenir « une » histoire ? Comment raconter cette histoire connue de tous et, dans le même temps, empreinte de subjectivité et d’imaginaire collectif ? Une énigme à l’énumération trop dense, un passé encore trop présent, une tempête de technologies nous emportant toujours plus loin, un rêve de paix, une hécatombe de corps qu’on ne pourrait oublier, le xxe siècle, c’est tout cela et tellement plus. Au point que les choix sont difficiles, tout comme les partis pris artistiques possibles. Un pari osé, une tentative honnête, mais un pari un peu trop théorique.

 

Une lumière douce éclaire une femme en salopette bleue. Telle une ouvrière de cette histoire qui n’en n’est pas une, elle s’adresse à nous directement. Et puis, sorties de nulle part, deux autres « femmes-ouvrières » atemporelles aux chaussures à talons débitent, elles aussi, un début d’énumération historique. Des sons, des mots nous envahissent. Une résonnance monte, une cadence certaine s’installe. Sans trop comprendre pourquoi, on écoute les mots s’empiler les uns sur les autres, les phrases se construire autour de rien et les faits sans relation entre eux défiler en rythme. On ne sait pas où on va, mais est-ce bien important ? L’histoire, non plus, ne saurait où aller lorsqu’elle se déroule. Après tout ! On accepte l’idée. L’idée de ne rien pourvoir faire d’autre que d’entendre un passé défiler, sagement, sens dessus-dessous.

 

Europeana est un texte qui, à lui seul, se démarque. En effet, très « contemporain », ce n’est pas un texte dramatique à proprement parler. Ni poème ni fiction, cet écrit de Patrik Ourednik semble tout à fait inclassable. Et c’est bien justement pour cette raison – entre autres – qu’il a été choisi par Myriam Marzouki.

 

« Europeana » | © David Schaffer

 

Quelle idée originale et intéressante que de mettre en lumière l’histoire du xxe siècle, à la fois si proche et si loin déjà de nous ! En effet, si le sujet est souvent traité sur nos écrans, il l’est peu sur scène, et cela est tout à l’honneur de la compagnie du Dernier-Soir. Mais, seule, l’idée ne saurait suffir à nous émouvoir…

 

S’il est vrai que choisir de parler de l’Histoire peut rendre les choix complexes, s’il est vrai que de mettre en scène un texte de Patrik Ourednik rend la démarche artistique inattendue, il n’en reste pas moins que venir parler sur une scène implique des choix à faire quant à l’orientation et le sens du spectacle. Et, si le choix est de ne pas en faire – car cela peut aussi avoir un sens –, alors il doit être assumé. À trop vouloir éviter l’écueil de l’illustration, de la « figuration » ou du « réalisme esthétique », ne risquerait-on pas le fade et le rien ?

 

Ici, ce soir-là, sur le plateau de la Maison de la poésie, en tout cas, des musiciens ravissent nos oreilles par leurs délicates intentions musicales. On découvre aussi trois jolies jeunes femmes, interprètes de qualité, et une belle mise en espace, propre et lisse. Mais cela suffit-il à en faire un « beau » spectacle ? La question me vient à l’esprit à la fin de la représentation, et elle devient même : peut-on faire de l’Histoire un spectacle ? J’aurais pensé que cette représentation me donnerait des éléments de réponse… Mais j’en sors ni émue ni ébranlée… juste ébahie – et presque lasse – par un catalogue époustouflant et indigeste de faits et anecdotes. 

 

Angèle Lemort

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Europeana, de Patrik Ourednik

Compagnie du Dernier-Soir • 84, rue de l’Aqueduc • 75010 Paris

Mise en scène et adaptation : Myriam Marzouki

Avec : Alice Benoît, Charline Grand, Clémence Léauté

Musique : Stanislas Grimbert, Nicolas Laferrerie, Émilien Pottier

Scénographie : Bénédicte Jolys

Costumes : Laure Mahéo

Lumière : Ronan Cahoreau-Gallier

Maison de la poésie • passage Molière • 157, rue Saint-Martin • 75003 Paris

Réservations : 01 44 54 53 00

Du 3 au 28 juin 2009, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures, relâche le lundi et le mardi

Durée : 1 h 30

20 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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