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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 19:56

Où je m’interroge…


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Il y a parfois dans la vie des énigmes extravagantes. « Play Strindberg » de Dürrenmatt, à L’Atalante, en est une. Comment est-il possible, en effet, d’emmener des comédiens tels que Philippe Hottier et Agathe Alexis sur un spectacle aussi banal ?

Play Strindberg est une réécriture de la Danse de mort d’August Strindberg. Cet écrivain suédois, qui critique avec férocité les mécanismes sociaux, est un contemporain d’Henrik Ibsen… Ceci laisse présager de la finesse et du mordant des répliques. Un vieux couple, uni dans la solitude d’un phare, fête ses noces d’argent. Ils se détestent et rivalisent de « délicatesses »… L’arrivée du cousin, ancien amant, vient jeter de l’huile sur le feu de leur rixe conjugale.

Monsieur Dürrenmatt, du haut de votre perchoir d’écrivain mort et célèbre, répondez-moi franchement. Quel est l’intérêt de réécrire un bon texte si ce n’est pour faire mieux ou autrement ? Votre version de la Danse de mort a perdu en finesse, et j’en veux pour preuve la scène-de-ménage-sur-le-ring-avec-des-gongs-entre-chaque-round… Dites, au fond de vous même, vous ne trouvez pas que c’est un peu facile ? Avouez pour le moins que c’est vu et re-vu. Ce gong… précédé de l’annonce par l’arbitre « douzième round, Edgar reprend des forces ! »… Ahlalalala ! Était-il nécessaire d’en rajouter encore une louche ?

Et cette fin en eau de boudin : tout à coup, sans crier gare, le cousin, qui se révèle grand escroc, monte une histoire pas possible de banque et de millions, de coups juteux avec le colonel de l’île, et il plaque en guise de sortie un « Mon yacht m’attend » tandis qu’Alice donne la sou-soupe à son mari paraplégique. Sans vouloir vous froisser, c’est légèrement lourdingue… Alors, oui, je vous le concède, vous avez su retranscrire la cruauté superbe des échanges originels, et certaines répliques sont des perles… Mais à qui les doit-on vraiment ?… Revenons aux vivants.

L’Atalante est un petit théâtre très agréable, dont la salle chaleureuse et intime provoque l’envie. L’envie de ressentir, d’être entraîné, envie qu’il se passe quelque chose et de rentrer chez soi un petit peu différent. Le noir se fait. Un écran bleu est en fond de scène, des barrières de ring (rouges…) bordent le côté cour et, formant un angle, créent un espace scénique à part. Côté jardin, une table et une chaise occupées par « l’arbitre », qui frappe sur sa cloche en annonçant les rounds. C’est tout. Rien ne bouge. Donc, côté mise en scène : « bof » !.

© Grégory Fernandes

On regrette ainsi un manque de parti pris, d’originalité. Quel est le sens d’un spectacle s’il ne propose pas une lecture un peu nouvelle d’un texte ? S’il ne nous surprend pas ? S’il « périphrase » ? Ah ! la périphrase ! Et si on écrivait au Vatican pour qu’il l’ajoute à la liste des péchés capitaux ? On pourrait en enlever la gourmandise pour faire de la place…

En ce qui concerne le jeu d’acteur, là, évidemment… Entre Agathe Alexis, garce maligne, et Philippe Hottier, vieux général, bourru et manipulateur, on boit du petit lait. Ils dégagent une puissance telle que le pauvre cousin en est tout raplati. Il semble fade et fatigué, éclipsé qu’il est par ces deux comédiens qui font feu de tout bois. Seulement voilà, il faudrait un peu plus de solidité à ce personnage censé être celui qui domine les autres à la fin… Il n’a pas vraiment l’air d’y croire à son yacht dans la baie, ni à la soudaine violence qui le prend subitement. Il semble se dire : « C’est ridicule, ce passage ! ». Il faut dire à sa décharge que le duo marital ne lui laisse que peu de place et que ses faiblesses de jeu sont démultipliées à leur contact.

Pourtant, malgré tout le respect que je dois à Agathe Alexis, c’est probablement elle qui est responsable du plus beau loupé de la pièce : la chanson de Solvieg, référence à Peer Gynt d’Ibsen *. Ouf ! Une vraie souffrance. Le morceau est si malmené qu’il en est méconnaissable… Cette femme est décidément dotée d’un grand talent de comédienne, mais, en ce qui concerne le chant, peut-être serait-il préférable qu’elle s’abstienne…

Bon, on va encore dire que je suis une teigne, mais, au diable ! Le seul intérêt de ce spectacle est le duo Agathe Alexis-Philippe Hottier, et si l’on sort étonné d’une chose c’est du mystère par lequel des comédiens de grand talent se retrouvent à jouer dans un spectacle d’une étoffe aussi ordinaire. 

Lise Facchin


* Edvard Grieg a écrit un opéra à partir de la pièce d’Ibsen.


Play Strindberg, de Friedrich Dürrenmatt

Traduction : Walter Weideli

Mise en scène : Alain-Alexis Barsacq

Avec : Agathe Alexis, Philippe Hottier, Dominique Boissel, Frédéric Boubet

Scénographie : Christian Boulicaut

Costumes : Dominique Louis

Chorégraphie : Claire Richard

Création lumière : Stéphane Deschamps

Création sonore : Jakob

L’Atalante • 10, place Charles-Dullin • 75018 Paris

www.theatre-latalante.com

Réservations : 01 46 06 11 90

Du 3 au 20 juin 2009 à 20 h 30, samedi à 19 heures, dimanche à 17 heures, relâche le mardi

Durée : 1 h 50

20 € | 15 € | 10 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Abraham Soubrie 08/06/2009 10:22

Bonjour,

Merci pour cette article et pour les infos

L'important , c'est toujours le message ; les mots , les photos , ce que nous avons a communiquer ... çA Phot ' Aux Yeux ...!

A+ de vous relire , sincère salutations . A.S

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